Siliana : violence disproportionnée et dangereuse escalade

Ce qui se produit à Siliana constitue indéniablement la contestation la plus globale post-révolutionnaire. Une grève générale décrétée par l’ensemble des forces sociales de la région, avec à sa tête l’Union Régionale de l’UGTT, ainsi que les partis politiques et des acteurs de la société civile a aussi donné lieu, malheureusement, à une répression sans précédent alors que l’on croyait, visiblement à tort, que ces méthodes avaient disparu de notre lexique et des pratiques politiques dans notre pays.

En effet, et selon des témoignages concordants, la grève générale avait été ponctuée par un rassemblement pacifique devant le siège du gouvernorat. Les manifestants en grand nombre, ils étaient selon plusieurs sources entre 6 et 7 mille manifestants, avec à leur tête, entre autres, les représentants de la région au sein de l’Assemblée Nationale Constituante à l’instar de MM. Iyed Dahmani, Hattab Barakati ou Nourreddine Mrabti ont scandé des slogans dans lesquels ils réclamaient la libération de 14 détenus depuis des incidents remontant au mois d’avril 2011 et qui observeraient actuellement une grève de la faim, des moyens accrus pour le développement économique de la région et enfin le départ du gouverneur, ce dernier se retrouvant isolé après la décision des fonctionnaires d’entrer en grève ouverte jusqu’à son départ.

Cette manifestation semble avoir dégénéré par la faute des forces de l’ordre selon le secrétaire général de l’URT, M. Néjib Sebti, qui a dénoncé l’intervention plus que musclée et disproportionnée dans laquelle elles auraient utilisé des bombes lacrymogènes, des balles en caoutchouc voire même des balles réelles qui auraient fait des dizaines de blessés (une quarantaine pour les uns, une vingtaine pour les autres).

Du côté du ministère de l’Intérieur, l’intervention des forces de l’ordre aurait commencé par la tentative de certains manifestants d’investir le siège du gouvernorat, ce que «ces forces ne peuvent pas permettre» !
Il faut souligner sur ce point que c’est l’armée qui a réussi à évacuer le gouverneur.

Il convient de faire plusieurs remarques sur la situation qui prévaut à Siliana :

 

  • Tout d’abord, il est clair que l’usage de la force par les agents de l’ordre a dépassé toutes les limites au point que l’on qualifiait de pire que sous l’ère de Ben Ali.
  • En second lieu, il est évident qu’un début de rupture est en train de se produire entre les gouvernants actuels et la population qui vit une crise économique sans précédent, et cela concerne toutes les catégories sociales et toutes les régions en raison de l’incapacité des gouvernants de trouver des réponses urgentes aux besoins des citoyens, même les plus élémentaires payant, entre autres, leurs promesses électorales sans lendemain.

Cette forme de rupture devient plus profonde lorsque l’ANC, seule institution légitime, ne peut même plus débattre d’un fait aussi grave que celui relatif aux incidents de Siliana. Car, l’un des députés en l’occurrence M. Abdelaziz Kotti, voulant évoquer ces événements, a été brutalement interrompu par le président de l’assemblée. Il s’agit soit d’une fuite en avant qui peut avoir des conséquences incalculables, soit parce que le député en question appartient à Nidaa Tounès. Dans les deux cas, il s’agit d’un précédent dangereux même si la question n’était pas inscrite à l’ordre du jour. Parler et débattre des protestations des citoyens est une obligation morale et politique pour ceux qui sont censés être les représentants du peuple.

Enfin, il semble que le gouvernement a franchi le pas, celui d’utiliser la violence, y compris la plus extrême, pour imposer ses vues et opinions. Ce serait grave pour un gouvernement qui se dit révolutionnaire. Certes, il se prévaut de la nécessité de préserver l’ordre public et de garantir la bonne marche des services publics et dans l’intérêt des citoyens. Mais de quels citoyens parle-t-on ???

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