Finalement, Slim Chiboub a parlé pour ne rien dire !

La polémique qui a précédé la diffusion de cette interview sur Attounissia TV, hier soir, la saisine par le Contentieux de l’État de la Justice pour interdire sa diffusion et l’insistance de Moez Ben Gharbia qui a obtenu gain de cause, ont suscité l’affluence des téléspectateurs et vraisemblablement, une explosion de l’audimat.

Mais ces milliers de téléspectateurs qui ont veillé jusqu’à une heure tardive sont restés sur leur faim.

En effet, l’homme condamné par contumace par la justice de son pays, en fuite à l’étranger depuis le renversement de Ben Ali dont il est le gendre, n’a fait aucune confidence, n’a livré aucun secret et n’a rien révélé sur ses affaires, ses relations, son passé et sa situation actuelle.

L’entretien s’est déroulé en deux temps : une interview conduite par Moez Ben Ghabia et une liaison en direct avec l’intéressé, pour répondre aux questions des téléspectateurs.

Slim Chiboub s’est défendu d’être en fuite et a prétendu que c’est fortuitement qu’il s’est trouvé aux Émirats lors des événements du 14 janvier. Il a précisé que quelques jours auparavant, il s’était envolé vers la Libye pour solliciter l’aide de Mouammar Kadhafi avec lequel il a reconnu avoir eu des relations privilégiées. Mais c’était, selon ses dires, de son propre chef qu’il s’y était rendu et non à la demande de Ben Ali, comme l’a indiqué Leila Trabelsi dans son livre «Ma vérité».

Il a ajouté qu’il a préféré ne pas rentrer en Tunisie pour des raisons sécuritaires et attendre l’installation du nouveau régime. Il s’est déclaré prêt à revenir au pays, à comparaître devant les tribunaux et à assumer ses responsabilités. Seulement, il a fait savoir qu’il ne dispose pas d’un passeport et a allégué qu’il n’est pas certain de pouvoir l’obtenir auprès de l’ambassade tunisienne au motif que celle-ci lui a déjà refusé une demande de certification de conformité à l’original de documents officiels et juridiques. Il a déclaré qu’il a contacté Samir Dilou à ce sujet et n’a pas encore eu de réponse.

Slim Chiboub rejette toute implication dans les affaires de corruptions et de malversations qui lui sont imputées. Il prétend que toute la fortune qu’il a amassée provient d’activités licites et régulières dont il a cité des participations avec des hommes d’affaires tunisiens et des opérations de courtage légales.

Il a accusé ceux qui l’ont poursuivi en justice de vouloir acquérir une célébrité en s’attaquant aux symboles de l’ancien régime et que leurs accusations sont fausses et tendancieuses.

Il ne nie pas avoir tiré des avantages de ses liens de parenté avec le président déchu, mais il a assuré qu’il ne s’est jamais approprié la chose d’autrui, ni user de son influence pour frauder à la loi.

Jouant le jeu de la victime, Slim Chiboub est allé, dans cette interview, jusqu’à rendre hommage à la classe politique et aux gouvernants actuels. Il a nommé dans ce cadre les islamistes, Hamma Hammami, Radhia Nasraoui et Maya Jeribi pour évoquer leurs mésaventures sous le régime de la dictature. Il admet que la Tunisie doit être gouvernée par les militants qui ont osé défier la tyrannie et ont eu le courage de résister à la torture et à la répression et met en garde contre les faux révolutionnaires qui ont profité du temps de Ben Ali durant 23 ans et cherchent à se refaire une virginité.

Mieux encore, il considère que la fuite de Ben Ali était le meilleur scénario pour éviter au pays un bain de sang.

Il ne lui manquait plus que féliciter les tunisiens de la réussite de la révolution dont il s’est érigé en théoricien en appelant à la préservation de l’autorité de l’État et au consensus, en prenant fait et cause avec les martyrs et les blessés de la révolution, en insistant sur la justice transitionnelle et en axant sur le développement des régions démunies. Il a même proposé de revisiter l’histoire contemporaine, à partir de la lutte anticoloniale.

Mais il faut vraiment être naïf pour croire que le gendre de l’ex-président soit aussi tendre avec la révolution et souscrive au processus transitionnel qui devait conduire à la rupture totale avec la médiocratie. Ses propos flatteurs ne l’ont pas empêché de faire allusion à la déclaration du 7 novembre, de rappeler les performances économiques des années passées et de cautionner implicitement la version du coup d’État auquel certains continuent à croire.

Slim Chiboub a affirmé, en fin de l’entretien, qu’il a été contacté par plusieurs journalistes et qu’il a préféré décliner leurs propositions. Il ne s’est décidé à parler (sans rien dire) qu’à la suite de la multiplication des accusations et des bobards le concernant. Autrement dit, Moez Ben Gharbia n’est pas le seul à l’avoir approché.

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