La violence politique banalisée

Dur réveil encore une fois aujourd’hui pour les Tunisiens, ou du moins pour ceux qui refusent de voir leur pays s’enliser dans la violence. Le pays a connu hier une escalade de violence sans précédent, des Tunisiens se sont entretués et il y a eu mort d’homme. Accrochés à leurs postes de radio et de télévision, essayant de comprendre ce qui s’est réellement passé à Tataouine, de connaître les causes et les raisons de cette montée de violence, ils se sont heurtés à une banalisation du meurtre pratiquée par les ténors et les porte-voix du gouvernement provisoire et de la troïka au pouvoir.

Nous avons assisté à un déni de réalité en bonne et due forme, et c’est à Mr Tarrouche, porte parole du ministère de l’Intérieur qu’incombe la tâche d’ouvrir le bal. Ne maîtrisant même pas la langue de bois, il affirme quelques heures après le décès de Mr Lotfi Nakdh que ce dernier est mort suite à un arrêt cardiaque, au moment où les réseaux sociaux sont inondés de vidéos et de témoignages qui prouvent qu’il y a eu violence (voir la vidéo en bas de page). Même si « il est mort suite à un arrêt cardiaque », la victime a été terrassée lors de cette offensive violente et donc son décès peut être considéré comme une conséquence directe de cette agression généralisée au cours de laquelle d’ailleurs son adjoint est dans le coma et que huit autres personnes de son entourage sont grièvement blessées.

Un peu plus tard dans la soirée, nous avons droit à des explications et des justifications pléthoriques de ministres,secrétaires d’État, conseillers et porte-parole appartenant tous aux partis accusés d’avoir organisé la manifestation, à savoir Ennadha et le CPR.

Il y a eu mort d’homme et tout ce beau monde cherchait à démontrer que les syndicalistes ont agressé en premier le cortège de la manifestation.

Il y a eu mort d’homme et les dirigeants et responsables se sont évertués à nous convaincre que la victime a succombé à une crise cardiaque et qu’elle n’a nullement été agressée.

Il y a eu mort d’homme et ces mêmes responsables n’on fait que diaboliser leurs adversaires politiques
Il y a eu mort d’homme et Mr Rafik Ben Abdessalem était occupé à comptabiliser le nombre d’intervenants de Nida Tounes sur le plateau de Hannibal TV, alors que Mr Samir Ben Amor refusait de condamner clairement les actes violents de Tatouine, puis concède à le faire à demi-mot, alors que Mr Adnène Mansar théorisait sur la violence révolutionnaire sur Nessma, que sur la nationale 2, Mr Abdellatif El Makki chantait encore et encore les louanges du gouvernement légitime et que sur les ondes de différentes chaînes radios, Mr Ameur Laarayedh défendait les comités de protection de la révolution.

Le ministre de l’Intérieur, premier responsable de cette escalade de violence, de par son laxisme et son partipris désormais connus et prouvés, de par son incompétence à maîtriser les mouvements de foule et les débordements, de par son apathie vis-à-vis de ces marches et manifestations non autorisées et son indulgence envers les milices, dont personne, ne met plus en doute l’existence, n’a même pas daigné se prononcer et les questions que beaucoup de Tunisiens se posent resteront à jamais sans réponses.

La violence politique est donc ainsi banalisée, un meurtre est maquillé en fait divers, le crime politique est-il en passe de devenir monnaie courante chez nous? Des appels à la violence et à « l’extermination politique » jaillissent de toutes parts et le discours de nos politiciens, de plus en plus véhément, risque d’enliser le pays dans la violence.Des affiches de propagande distillant la haine et incitant au meurtre sont placardées un peu partout, les réseaux sociaux pullulent d’appels au meurtre dans une impunité totale.

Hier , un homme a été tué pour son appartenance politique, une famille est endeuillée, six enfants sont devenus orphelins et une épouse , veuve…Quand se décidera-t-on enfin à mettre fin à ce tourbillon de violence ?

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