Caied Essebsi : « Je suis le Rcdiste qui n’a pas déifié Ben Ali sur terre ! »

Deux semaines après son intervention sur Nessma TV, Béji Caied Essebsi était hier soir l’invité de Hannibal TV dans le cadre d’une interview spéciale qui a porté sur la situation dans le pays, le mouvement « Nidaa Tounes » et ses projets ainsi que l’initiative de l’UGTT et d’autres questions d’actualité.

Parmi ces questions, Béji Caied Essebsi a été prié de donner son avis sur la vidéo qui a fait le tour du réseau social montrant Rached Ghannouchi discuter avec des Salafistes. Le président de « Nidaa Tounes » ne s’est pas étonné du contenu de cette vidéo qui traduit la pensée et les visées de Rached Ghannouchi pour qui les salafistes sont ses enfants, ne venant d’une autre planète.

Pour cette raison, a-t-il poursuivi, ce dernier trouve que « Nidaa Tounes » est plus dangereux que les Salafistes malgré la menace qu’ils représentent sur la société, les institutions de l’État et l’avenir de la République.

Au sujet de la manifestation qui a eu lieu devant le siège de l’UGTT pour protester contre la grève dans le transport public, Beji Caied Essebsi trouve qu’elle représente, dans le fond, une tentative de boycotter l’initiative de la centrale syndicale à l’approche de la réunion du 16 octobre. Cette tentative provient de certaines personnes dans la Troïka qui refusent cette initiative et n’approuvent pas la concertation et l’échange en dehors de l’Assemblée Nationale Constituante.

Il a rappelé que l’initiative de l’UGTT a été lancée en mai 2012, mais Ennahdha lui a tourné le dos au motif qu’il n’est pas du ressort du Syndicat de s’immiscer dans les affaires politiques. Par la suite, lorsque le Parti Républicain et El Massar ont proposé une autre initiative, Ennahdha l’avait applaudi se déclarant prête à y participer à la condition de ne pas associer « Nidaa Tounes » au dialogue national.
Cette exigence, qui a été rejetée par l’UGTT, est le point de discorde qui risque de faire avorter une initiative sur laquelle « Nidaa Touns » a reporté tous ses espoirs.

D’après Caied Essebsi, l’exclusion vise, en fait, sa personne beaucoup plus que son Parti puisqu’il est le seul parmi les 39 membres du comité exécutif de « Nidaa Tounes » à avoir été au RCD avant de l’avoir quitté en 1991. Néanmoins, a-t-il précisé, il n’est pas allé jusqu’à déifier Ben Ali, et ce, dans une allusion à une déclaration faite à l’époque par Rached Ghannouchi à l’issue d’un entretien avec le dictateur déchu.

Beji Caied Essebsi, farouchement opposé à l’exclusion, a évoqué l’exemple de l’Égypte que Lotfi Zitoun a cité comme référence. Dans ce pays, la Cour constitutionnelle a annulé une loi votée par le Parlement égyptien sur l’isolement politique pour inconstitutionnalité et empiètement sur la mission des tribunaux en prononçant par une loi une sanction collective. Il a aussi donné l’exemple de l’Espagne après le renversement du général Francisco Franco. Selon Beji Caied Essebsi, trois pays seulement ont adopté l’exclusion : l’Allemagne Nazie, l’État d’Israël et le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

« Nidaa Tounes », dont il a indiqué qu’il compte aujourd’hui près de 50 milles adhérents, et choisis sur la base de leur loyauté à la patrie, à son drapeau et à son intérêt suprême, n’aimerait pas accaparer la scène politique et voudrait contribuer à la propulsion du processus démocratique avec les autres acteurs politiques. A cet effet, il est en pourparlers avec le parti Républicain et El Massar, et envisage la même démarche avec le parti socialiste pour fonder une coalition et fixer une feuille de route.

S’agissant de la situation économique, Beji Caied Essebsi, se prévalant de conclusions venant d’experts tunisiens, trouve qu’elle est catastrophique et que la Tunisie connait une crise de gouvernance provoquée par des responsables en manque de crédibilité. Le gouvernement n’a rien fait qui incite à lui faire confiance. Les 200 mille emplois perdus depuis la révolution du 14 janvier n’ont pas été remplacés, les projets de développement dans les régions n’ont pas encore vu le jour, du moins pas assez, et la mission pour laquelle l’Assemblée Nationale Constituante a été instituée, avance à pas de tortue. Pour s’en sortir, il a réitéré la proposition de son mouvement qui réside dans le consensus et le dialogue nationaux, la désignation de personnalités indépendantes à la tête des ministères de souveraineté et la réduction du nombre des membres du gouvernement dont les charges coûtent très cher à la collectivité publique.

Commentaires:

Commentez...