Opinion – Vers une dictature constitutionnelle ?

N’est-ce pas une évidence que les Tunisiens ont été appelés le 23 octobre 2011 à élire une assemblée nationale constituante ? Pourtant, il ne paraît pas vain de le rappeler. Dans la tourmente de la montée de la violence, de l’incompétence du gouvernement, des enjeux politico politiciens qui déchaînent les passions et focalisent l’intérêt des partis politiques de tous bords, on perd de vue l’essentiel, la Constitution.

La polémique enfle autour de la date du 23 octobre 2012. Mais la polémique tourne autour de la légitimité du gouvernement et se concentre sur la chose politique. Une espèce de frénésie, du reste justifiée, s’empare de la classe politique et de la société civile sur « la feuille de route » et le calendrier qui doit baliser la période à venir.

Dans l’empressement d’organiser les prochaines élections et dans l’impatience de certains à jouer leur carte de présidentiables, pressés par le temps qui passe et les années de frustration, beaucoup perdent de vue les conditions d’adoption de la nouvelle constitution. Pour les démocrates convaincus, elle doit placer la Tunisie sur la trajectoire assurée et irréversible de la Démocratie, la Justice Sociale, les Droits et les Libertés. C’est le préalable à toutes autres échéances politiques.

Seulement, la réalité semble aller à l’encontre des espoirs nourris et des promesses de la liesse du 14 janvier 2011.

De ce fait, le 23 octobre 2012 doit être une journée de mobilisation sans précédent. Mais ce doit être une mobilisation pour les valeurs constitutionnelles intangibles et non négociables.

Alors que tous les élus ont martelé lors de leurs discours de campagne leur attachement aux Droits et Libertés, aux Valeurs Universelles des Droits Humains, aux Droits de la Femme et à leur renforcement, ils s’éloignent de jour en jour des engagements électoraux qui ne s’avèrent être que des slogans creux, à visée électoraliste, clamés sans conviction. Les élus du Peuple le trahissent… Et les démocrates, parmi eux, ne sont pas en reste. Ils vont de concession en compromission, avec, semble-t-il, pour seuls objectifs de réaliser leur réelle aspiration : obtenir le régime politique qui assouvit leurs ambitions. N’ont-ils pas lâché du leste sur la référence « Universelle » des « Droits Humains » ? Ne se sont-ils pas accommodés avec l’article 28 moyennant un rafistolage qui ne consacre pas de façon affirmée et sans équivoque l’Égalité Complète entre tous les Citoyens, Hommes et Femmes ? S’attardent-ils assez sur la réorganisation des pouvoirs locaux ? Et qu’en est-il de la Liberté de Conscience, de la pénalisation de l’atteinte au sacré, de la Liberté d’Expression, des Droits Culturels, Économiques et Sociaux ?

Au risque de se répéter, ces questions fondamentales ne sont plus au centre des débats et de la mobilisation.

Les Tunisiens et les Tunisiennes sont-ils en train de se voiler la face, embourbés dans les vicissitudes du quotidien, entre flambée des prix, dégradation de la situation sécuritaire, aggravation du chômage, crise de confiance, désillusions, lassitude et désintérêt de la vie publique ? Pourtant, l’avenir est en train de se jouer et les conséquences de ce qui se joue pourraient être désastreuses. Telle qu’elle s’esquisse, la nouvelle constitution est en voie d’instaurer démocratiquement, une authentique dictature, légitimée par les élus du Peuple par le truchement d’élections libres et démocratiques. Il aura fallu une révolution, des martyrs et des victimes pour ouvrir la voie à … une dictature constitutionnelle.

Le 8 octobre 2012,
Emna Menif, militante politique

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