Opinion – Notre confusion sied bien aux islamophobes !

Évoquer la paix quand partout la crise politique gronde, cogne, rogne, ne peut relever que de la gageure. Les semaines passées, le monde fut surpris, partagé, perturbé, pour ne pas dire enflammé en partie, à la suite de la sortie sur Internet du film l’Innocencedes musulmans dépréciant l’Islam et discréditant la valeur morale du prophète Mohamed. Nombreuses sont les capitales de pays musulmans, qui furent le théâtre de graves manifestations et même d’ émeutes meurtrières.

Le journal Le Monde écrivait que ce film (Le guerrier du désert) a été selon Sam Bacile « financé à hauteur de cinq millions de dollars par une centaine de donateurs juifs américains… ». L’on sait que le producteur de ce film haineux et grotesque est le copteAlias Nakoula Basseley. Ce dernier est à l’origine de cet événement inattendu à caractère négatif et stupide. Ce film semble répondre à un plan médiatique bien préparé, en rapport avec les événements du 11 septembre. D’autant qu’il fut quelques jours après, suivi derechef, d’une publication en France par l’hebdomadaire satirique, Charlie-Hebdo, des caricatures, dénigrantes, selon ses habitudes toutes les religions. Il s’agit cette fois-ci, des qualités éthiques, humaines et prophétiques de Mohamed, le prophète de l’Islam.

Ainsi en quelques semaines d’intervalle, nous avons vu un film inepte et des caricatures qui ont été financés de façon illimitée et opaque. Somme toute, deux éléments en quête de provocation, que l’on peut classer dans la catégorie de nauséabonds, parce que leurs images et leurs dessins, d’un cynisme incomparable, fournissent des informations erronées, falsifiées, trompées avec un ciblage virulent de l’Islam.

Sous prétexte que la liberté d’expression est un principe fondamental, quelques rares journalistes anarchistes, animés essentiellement par le vil goût de lucre, continuent d’entretenir une hostilité particulière, envers la communauté musulmane. Passant outre tout autant les règles de la République et de la laïcité, la garantie des droits de l’homme, que la déontologie de la profession, ces contrevenants exercent leur talent de provocateurs irresponsables, voire humiliants, par des images et des dessins, de nature à heurter l’opinion et à exciter davantage les fondamentalistes de tout bord.

Malvenues sont ces présentations de la religion et du prophète de l’Islam. Présentations qui ont pris alors une forme triviale, batailleuse et belliqueuse. Étant une stratégie de réactionnaires dépourvus d’humanisme et de morale, ces manipulations politiques et de duplicité, sont rejetées par les femmes et les hommes censés et épris de démocratie et tous ceux qui n’admettent d’autres limites que les lois et le respect d’Autrui. Car tous les amalgames de ces fanatiques qui sont loin de l’essentiel, font d’autant plus le lit de l’obscurantisme, qu’ils déchirent par leurs agressivités les communautés, opposent et divisent les hommes…Nous pensons que rares sont les gens qui accordent quelconque importance à ces manipulateurs, qui paraissent, à travers leursinvestigations négatives, comme les premiers des intégristes, violant, à l’instar des fanatiques, les principes fondamentaux, lesvaleurs et les repères des libertés.

Ces machiavéliques s’appliquent, à chaque fois qu’il y a un rapprochement ou une entente entre les peuples pour une paix durable, à brouiller les relations, en brûlant le Coran ou en mettant en exergue leurs images ou caricatures comme un moyen explosif ! En d’autres termes, ces pyromanes, soumis à on ne sait quel pouvoir, jettent de l’huile sur lefeu, à chaque fois que des extrémistes estiment utile, d’attiser la haine et de stigmatiser par là même les communautés.

Faisant miroiter des images imprécises et sous prétexte de lutter contre le fanatisme, ces curieux individus se sont substitués aux intégristes pour se lancer dans des courses effrénées à la recherche des ennuis et des querelles, dont les communautés humaines toutes confondues, n’ont nullement besoin. Par leurs insultes et leurs incitations à la haine, ceux-ci ont réussi à engendrer un sentiment de mécontentement profond au sein de toutes les communautés humaines. Pervers, ils ont réussi à choquer et à blesser en particulier, les musulmans ouverts et modérés, tolérants et amicaux.

Cela noté, il n’est pas inutile de souligner par ailleurs que l’intégrisme et le fanatisme ne sont pas toujours là où on les croit ! D’autant que ne sont pas rares les professionnels dans le monde, dont la spécialité est d’exacerber les passions.

Certes, nous sommes comme tous les démocrates, partisans de la liberté d’expression et de penser, de création artistique et littéraire, de théâtre, de cinéma, de critique, de protestation et de caricature…, mais l’on ne peut cautionner et approuver d’emblée les diffamations, les humiliations et les insultes gratuites qui visent essentiellement une communauté, sa religion et ses convictions, ses croyances et ses traditions. Il n’est, pour nous ni moral, ni logique, ni civilisé et conséquemment indécent et dangereux de publier des textes ou de diffuser des images qui, portant atteinte à la dignité humaine, renvoient, peu ou prou à l’extrémisme aveugle.

Et l’on est déçu de constater que certains prétendant être laïcs, ont trahi les principes de la laïcité qui stipulent que le respect de l’autre, le droit des gens croyants ou laïques, doivent bénéficier du plus haut niveau de protection… Ayant passé outre les principes laïcs, ces individus sont passés de pompiers à pyromanes !

Ceci dit, ce n’est pas par hasard que l’on assiste actuellement à des injonctions insupportables en lien avec l’apparition du film et des dessins, et les manifestations antiaméricaines dans le monde arabo-musulman…

Il n’est plus un mystère pour personne, qu’à l’ouverture au mois de septembre de l’Assemblée générale des Nations Unies où les Chefs d’État participants sont nombreux, une publicité bien orchestrée, a envahi les stations de métro de New York !

À connotation raciste, cette publicité qui offusque les hommes libres et justes constitue par ses termes outrageants et méprisants, une injure pour tous les leaders modérés ; elle est ainsi libellée : « De toute guerre entre civilisés et le sauvage, soutenez le civilisé. Soutenez Israël… » Comme on peut le constater, il s’agit là d’un scénario infernal, qui nourrit, par son fanatisme sanglant, une propagande débile, dénuée de l’exigence morale authentique et solidaire de la lucidité politique.

La promotrice de cette publicité avilissante est Pamela Geller, dont les multiples et intenses activités ont été relatées par le journal le Monde, source de notre information.

Face à ces aberrations qui font revivre l’ire, l’on est étonné et doublement étonné du laxisme et du silence des hommes politiques et des intellectuels du monde libre. Ceux-ci qui ont hier rendu justice et dignité aux hommes victimes de l’atrocité des fascistes-nazis sont aujourd’hui pour la plupart sans réactions devant les actions abusives et l’ethnocentrisme de ces individus extrémistes pour qui le mot humain n’est qu’un slogan !

Comme s’ils étaient atteints d’amnésie, ces maîtres de céans, habités par l’islamophobie, n’ont point présent à l’esprit les maximes morales, comme celle de Kant citée par le philosophe Henri Pena-Ruiz, nous rappelant qu’en présence de plans politiques qui produisent guerre, haine et misère, l’humain d’abord. En d’autres mots mieux formulés par Kant : « L’humanité dans l’homme doit être considérée comme une fin et jamais comme un simple moyen. »

Pour ma part, je pense que l’Islam, « soumission à la paix », est la religion du pardon, de la tolérance et de la solidarité humaine. Étant une religion rationnelle de plus d’un milliard et demi de fidèles, l’Islam n’est ni si vulnérable ni si fragile, qu’un film abject ouvrant la voie au blasphème, des caricatures ineptes ou des slogans publicitaires racistes affichés par des lobbys, puissent menacer les principes de cette religion et saper ses valeurs et ses fondements.

Tous ceux qui ont fait une lecture rationaliste du Livre Saint le Coran et des textes sacrés afférents à l’Islam, savent que ce qui est vulnérable dans la religion de l’Islam, ce ne sont, comme le disait Tahar Ben Jalloun, « ni son esprit ni ses valeurs, ce sont des populations maintenues dans l’ignorance et manipulées dans leur croyance. »

Et l’ignorance est d’autant plus l’ennemi, que le prophète Mohamed, conscient que l’ignorant est plus dangereux envers lui-même que son pire ennemi, a sans cesse répété que « Le Savoir est une obligation pour tout musulman et toute musulmane ! Allez chercher le Savoir, même jusqu’en Chine ! Il disait encore que l’encre du Savant est aussi précieuse que notre sang ! »

Toutes ces recommandations sont plus au moins émoussées par les courants extrémistes inspirés d’une théologie littéraliste, celle du mouvement wahhabiste du 18éme siècle soutenu par l’Arabie Saoudite, qui cherche, à implanter par tous les moyens, dans tous les pays de l’Islam, cette doctrine prônant une radicalité absolue de la foi musulmane. Une conception corollaire du totalitarisme d’un système monarchique dont les principes se rattachent à l’esprit tribal séculaire ; c’est ce qu’Ibn Khaldoun a qualifié de (El-âaçabiya).

Il n’est guère possible aujourd’hui de s’allier au wahhabisme, cette secte dogmatique extrémiste et injuste de spécificité scénite ; ce mouvement du 18é siècle qui a été structuré par la famille régnante d’Ibn Saoud, en vue de mobiliser dans le monde musulman, des militants fanatiques tant dans le champ politique que celui de l’action socioreligieuse. C’est ce mouvement, mal connu, étrange et étranger aux rites sunnites connus par notre peuple, qu’il faut combattre. D’autant plus que les adeptes de cette secte sont dominés par l’argent, en l’occurrence par le pétrole dollar et la puissance oligarchique triomphante !

Aussi doit-on doubler de vigilance et éviter par là même toute confusion qui sied à la provocation et à l’islamophobie. Car ce phénomène a tendance à gagner du terrain dans les pays où la liberté de conscience et d’expression est sacrée. Que l’on sache que dans ces pays laïcs, de démocratie, les gens s’esclaffent de tout, ils rient même de la religion !

Voilà pourquoi nous disons qu’il est grand temps, après notre révolution prometteuse de s’engager dans la voie de la raison pratique, celle de l’éthique universelle, celle qui appelle à ne pas céder à la provocation, à ne pas agir aveuglement, mais toujours après réflexion, contre les obscures manipulations de certains, dont l’objectif est de faire tomber l’adversaire dans l’escarcelle comme un fruit mûr!

Et l’on s’interroge sur les préjudices de ces manifestations de colère et de violence, menées au nom d’Allah le Tout Puissant, par des Salafistes, qui ont fait fi des textes et du droit canonique interdisant l’usage de la violence… L’essentiel pour ces agitateurs est qu’ils soient confortés et consolidés dans leurs préjugés !

Certes, la contestation et la critique sont, selon Max Weber, légitimes, mais elles doivent être civilisées et accompagnées d’une volonté manifeste de ne pas nuire et d’offenser.

Aussi la meilleure façon de vaincre est-elle d’ignorer l’existence de films et de caricatures de motivation blasphématoire ou de conception classique impérialiste « diviser pour mieux régner », et de porter ce genre d’affaires devant les Tribunaux. Il faut pour gagner, tourner le dos aux agitateurs fanatiques, aux auteurs sionistes et aux groupes d’intérêts catégoriels, qui ne sont satisfaits que lorsqu’ils constatent que leurs usines de fabrication d’armes tournent jour et nuit.

Désormais, nous devons alors tous défendre notre liberté dans la dignité, cette valeur cardinale. Et pour ce faire, il nous faut agir avec sérénité, sagement, à l’instar de nos aïeux qui nous ont légué une somme de maximes à l’exemple de celle-ci, qui dicte de répondre au mal par le mépris :

« Les chiens aboient et la caravane passe et poursuit paisiblement, son droit chemin jusqu’à son ultime destination ! »

La victoire n’est pas du côté des gens passionnés capables de toutes les vilénies, elle est l’alliée des hommes accomplis et patients, vertueux et passionnants.

Nancy, Octobre 2012
Tmarzizet Kamel

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