Banque Centrale : le crédit à la consommation pénalisé pour contenir l’inflation ?

Dans sa réunion du 28 septembre, le Conseil d’administration de la Banque Centrale a relevé un léger mieux au niveau du taux de croissance qui a atteint au cours du premier semestre écoulé 3,3 %, l’amélioration du rythme de la production et des exportations dans les industries non manufacturières, la bonne tenue des secteurs de l’agriculture et des services, et la réduction du taux de chômage de 0,5 %. Paradoxalement, le conseil a enregistré une aggravation du déficit de la balance commerciale qui a été au-delà de 50%, une baisse de la couverture en devises ramenée à 96 jours et la montée des pressions inflationnistes (5,6%).

Sur le plan économique, les mesures ne se sont pas fait attendre en doublant l’imposition sur l’importation de véhicules d’une puissance de 5 CV. D’autres mesures sont en vue pour faire baisser le niveau des importations.

Concernant la politique monétaire, la Banque Centrale a décidé d’agir sur les crédits à la consommation en revoyant les normes d’octroi de ces crédits au niveau des taux et de l’autofinancement, et en imposant aux banques d’inclure dans leurs réserves obligatoires l’équivalent des crédits à la consommation accordés au-delà du volume des crédits enregistrés en 2011. Ces mesures viseraient à limiter la consommation qui est la principale cause de la recrudescence inflationniste. Les demandeurs de ce genre de crédits seront ainsi découragés et les banques qui trouvent dans le marché des particuliers un créneau juteux, feront plus attention en distribuant le crédit à la consommation.

Une circulaire explicitant ces mesures serait en cours de publication. Elle prévoirait, croit- on savoir, l’application immédiate des nouvelles dispositions ce qui ne serait pas sans poser de sérieuses difficultés.

Tout d’abord, les banques, dans leur majorité, sont engagées à l’égard d’organisations professionnelles, d’administrations et d’entreprises en vertu de conventions prévoyant l’application de tarifs préférentiels et de conditions avantageuses aux crédits à la consommation accordés à leurs affiliés. Ces conventions, étant en cours de validité, la banque ne peut pas les annuler pour non-conformité à une réglementation interne qui n’a d’effet qu’à l’échelle sectorielle et ne peut pas être opposable au public. Ainsi, quand bien même cette réglementation s’inscrit sous l’angle de l’ordre public économique, le juge ne peut pas faire prévaloir une circulaire sur une convention régulièrement établie.

Ensuite, les nouvelles mesures seraient de nature à léser les particuliers et les ménages non seulement parce qu’ils se sont familiarisés avec le crédit à la consommation, devenu un mal nécessaire malgré le coût de l’endettement, mais aussi en raison de l’effectivité des besoins exprimés pour faire face aux dépenses courantes et joindre les deux bouts. Des revendications en perspective pourront envenimer les relations bancaires.

Du côté des banques qui ont consenti beaucoup de moyens et déployé beaucoup d’efforts pour promouvoir le crédit à la consommation, le désengagement à l’égard de la clientèle des particuliers peut s’accompagner de lourdes pertes surtout que les crédits aux entreprises présentent une faible rentabilité et des risques élevés.

Enfin, si ces nouvelles mesures pourraient constituer un frein à la consommation, la baisse de la demande peut ne pas être le bon choix pour stimuler les investissements et relancer la production sur le marché local boudé par les hommes d’affaires qui n’ont pas confiance dans l’avenir.

Commentaires:

Commentez...