Marzouki-Nabli : Qui doit partir ?

Jamais la politique monétaire aura été autant débattue que ces temps derniers. Et jamais son indépendance n’aura suscité autant de divergences, particulièrement lorsque les marges de manœuvre de la gestion monétaire se sont serrées au point où des contestations se sont déclenchées tant à l’intérieur de la BCT qu’à l’extérieur.

Notamment à propos de ces dettes odieuses dont la BCT continue le service, en application de la sacro-sainte règle du respect des engagements, la Tunisie, faut il le savoir, n’ayant jamais refusé de payer rubis sur l’ongle ce qu’elle doit aux bailleurs de fonds.

Certes les uns et les autres ont évoqué la politique monétaire expansionniste, ses effets sur l’inflation voire, le retour des crédits bancaires en ardoises non-payées et dont il faut provisionner le montant sur les bénéfices, etc. Autant de domaines qui relèvent de la technologie financière, un monde ésotérique qui peut échapper à la vigilance des non professionnels.

Par contre s’agissant du remboursement des dettes odieuses, là on est en plein débat politique. Or, c’est le cheval de bataille de Marzouki. Et il y tient mordicus.

Faut-il ou non rembourser les dettes odieuses?
Il y a de l’argent qui aurait été emprunté dans des affaires de corruption et qui a servi à remplir les poches des barons de l’ancien régime. Marzouki veut en savoir la nomenclature, le montant et comment initier une procédure pour refuser de les payer surtout que les clignotants rouges s’allument au seuil des 10milliards de dollars de réserves, tout juste bons à payer 100 jours (contre 600 en standard) d’importations dans un système qui importe plus qu’il n’en exporte en termes de valeurs alors que nos traditionnels importateurs européens croupissent dans la récession.

Faut-il attendre la faillite?
Pour Marzouki c’est non! Et d’ajouter « Nabli doit partir ». Voilà même qu’il le limoge dare-dare et unilatéralement par décision « républicaine » (?) probablement une extension d’un pouvoir dérivé de sa qualité de président de La République. Mais à qui en veut-il exactement ? Au gouverneur (Institution indépendante), à Nabli (la personne) ou aux deux à la fois? En tout cas, la polémique qui s’en est suivie a fait couler tellement d’encre que l’on ne s’y retrouve plus. Il est vrai que Jébali, qui était en accord avec Marzouki, s’est trouvé mal à l’aise lorsque d’une part il a appris que Nabli venait d’être qualifié de meilleur gouverneur d’Afrique et que d’autre part, il devait partir avec lui à Davos-Istanbul où il a pu glaner pas mal de dons et fonds pas chers. Jébali aurait donc changé de point de vue à son égard? Par contre, Marzouki a préféré continuer, quitte à ramer à contre-courant et vient de le confirmer sur les médias ce vendredi 6 juillet.

Pour Nabli, qui tenait à s’expliquer dans la matinée du même jour, sur le fait que le différend était institutionnel et non personnel, le « bateau » BCT doit pouvoir traverser la crise hors du côté politique, laquelle doit être mise à l’écart de la gestion monétaire. Après tout n’est-il pas confirmé-nommé pour 6 ans par la Troika? C’est donc à elle qu’il revient de décider de son départ, à la limite à l’ANC.

Et pourtant, c’est au président de la République que Nabli doit rendre compte de sa gestion, en lui soumettant le rapport de la banque centrale. Or ce faisant, Nabli reconnaît tacitement Marzouki comme autorité de supervision. Seulement, il lui refuse une quelconque intrusion dans la sphère de la BCT(?!) Ne l’a-t-il pas déjà refusé à feu A. F. Amor lorsqu’il lui demandait des renseignements sur la même question en rapport avec la corruption? Pourtant, la rue a dit son mot et à maintes reprises sur tant l’indépendance de la BCT, l’accusant de devenir « un État dans l’État », que sur cette question de dettes odieuses et de corruption. Malgré les portes-voix, la « BCT » n’a semble-t-il rien entendu. Une grave erreur après une révolution où être à l’écoute de la rue est productif.

Ce tiraillement n’a que trop duré
Il est mauvais pour la crédibilité de notre pays qui, déjà dégradé à un seuil « spéculation », vient d’être enfoncé un peu plus par S&P’s. Sur le plan national, l’économie tarde à rebondir et les experts mettent en doute une prévision « généreuse »de PIB à 3,5%. Sur le plan interne, les investisseurs se font rares et le tourisme à peine repris commence à battre de l’aile, à en croire les plages qui ne s’animent qu’en week-end pour des touristes qui redoutent les braquages, tandis que des hôtels demeurent fermés alors que le mois saint s’annonce. Ne parlons pas des restaurants qui ferment tôt la nuit, ni des femmes accusées de sortir seules et qui se font braquer et embarquer par ces brigades de la « moralité », le soir venu…

C’est donc tant mieux que le différend soit enfin envoyé à l’ANC pour trancher une fois pour toutes. Car c’est là que l’on verra qui d’un gouverneur désigné par la Troika ou d’un président de la République issu d’un parti élu, les députés choisiront, alors que Nabli reconnaît que ce ne sont pas les compétences qui manquent en Tunisie et que les institutions doivent l’emportent sur toute autre considération.

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