Effet salafiste sur la Bourse ?

À l’assemblée générale extraordinaire de la SFBT (Société Frigorifique et de Brasserie de Tunis) qui s’est tenue tout récemment, Bousbia a décidé de changer la dénomination sociale de ladite société. Elle sera désormais appelée la Société Frigorifique de Boissons de Tunisie. Quelle mouche l’a piqué?

Certes, c’est courant qu’une société anonyme change d’appellation. Seulement celle de la SFBT prend une signification particulière. Car, qui ne la connaît pas, ne serait ­-ce à travers la bière qu’elle produit et dont les Tunisiens en raffolent. J’ai nommé la fameuse Celtia, qui reste la reine des bières produites en Tunisie. Heineken, Golden Brau, « 33 » et que sais- je encore, ne font pas le poids devant la « Celtouta » adorée des Tunisiens, surtout en été vue, sur mer et quelques amandes salées pour l’accompagner.

La SFBT est décédée? Vive la SFBT!
Mais, attention! l’acronyme lui, est resté inchangé. Sur la « façade c’est toujours « S.F.B.T » telle quelle est cotée à la Bourse. Car, là aussi elle a fait le bonheur des boursicoteurs. Ce qui a changé, c’est que le mot « Brasserie » n’y figure plus?! Le mot « Boissons » (au pluriel) a pris la place en tandem avec le mot « Tunisie » au lieu de « Tunis ». Ainsi, l’appellation d’origine, qui a gardé l’acronyme tel quel, s’est trouvée complètement changée de l’intérieur. Reste à savoir si la production de la bière va en être touchée. On verra!

Cette opération s’est faite en assemblée générale extraordinaire, comme le veut la loi. Vous savez l’actionnariat en Tunisie, c’est pour la forme. Et pour bien faire, le conseil d’administration a offert aussi d’augmenter le capital y compris par une distribution d’actions gratuites et la mise en paiement d’un dividende relativement généreux de 0,600dt par action. Voici donc un Kit « trois en un » pour éviter les éventuels désagréments vis-à-vis d’un label et d’une marque, mondialement connus.

Il est vrai que la Celtia a été particulièrement recherchée depuis la révolution. Même, que de nouveaux horizons s’ouvrent à elle maintenant que la révolution s’est étendue de l’autre coté de nos frontières, notamment avec celles de la Libye dont faut-il le savoir, quelque 550 000 résidents encore sur notre territoire en attendant que ça se tasse, là-bas. En attendant, Bousbia fait le plein.

Après l’art, la finance ?
Mais ici, les choses ont également beaucoup évolué. Le mot « haram » qui a déjà fait son petit bonhomme de chemin, le voilà aujourd’hui qui se renforce avec celui de « sacré ». À deux ils ont d’ores et déjà réussi à conquérir plein de sites, autrefois considérés comme des sanctuaires de la laïcité, pour n’évoquer que les sites des spiritueux et de l’art. Des bars sont brûlés par ci, des dépôts fermés ou dévastés par là, même en zone touristique, l’art comme la musique ou la peinture deviennent soudain un sacrilège tout autant que les boissons alcoolisées.

Or, le laisser-faire, laisser-aller de la troïka, volontaire ou imposé par la frange extrémiste, a finalement « aidé-encouragé » celle-ci , à conquérir de nouvelles niches sur la voie de l’épopée sacrée du « retour à la moralisation » vision islamiste de la Tunisie nouvelle république. Regardons de près du côté des finances.

Un symposium vient de faire l’éloge de la finance islamique qui prône la « mourabaha » ou la « moucharaka » voire les « soukouk » comme alternative à la finance « riba », ou encore celle de la moucharaka dans les sociétés qui fabriquent des boissons alcoolisées. Car, demain la bourse pourrait coter des sociétés islamiques qui ne voudraient pas cohabiter avec des sociétés « haram » sur le même tableau. Nous voici donc en plein débat « haram » ou « halel » appliqué au site boursier où la SFBT fait figure de fleuron. Sauf que le phénomène a déjà touché d’autres producteurs qui ont vu leurs champs de vignes partir en fumée du côté de Mornag. Vous avez dit « Saint Augustin »? Il ne figure plus sur les étalages. Aux dernières nouvelles « Sidi Raies » résiste encore auprès du Sidi Salem ou autre vin « Sidi ». Mais pour combien de temps?

Le Niquab de la SFBT, un simple voile de pudeur?
Ce serait donc à la fois pour ne pas être visé, et d’éviter une descente salafiste ravageuse sur la SFBT version « brasserie » que Bousbia son PDG aurait eu l’idée de faire porter le Niquab à sa SFBT dont il est fortement actionnaire et ainsi continuer à en assurer la survie, tout en noyant le poisson! Est-ce pour autant un simple « voile » (comme beaucoup en portent sans conviction) pour que la reine de la bière devenue « la mère des boissons » demeure pérenne cette année, encore de transition (mais quelle transition?) pour un été qui s’annonce déjà comme très chaud, en ce mois de « Chaâbane »?

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