Levée du couvre-feu, inculpation des médias et un coupable en vue

Le gouvernement a annoncé ce soir que le couvre-feu était levé. La journée quant à elle s’est déroulée calmement, contrairement aux appréhensions de la plupart des citoyens. Grâce à la vigilance des forces de l’ordre et de l’armée, il n’a été enregistré ni manifestations, ni heurts, ni violences, ni incidents majeurs, à part l’appel à l’effusion du sang des artistes présumés avoir porté atteinte à l’Islam.

Cet appel a été lancé par le Cheikh Houcine Labidi lors de la prière du vendredi à la mosquée de la ZITOUNA. Cheikh Houcine Labidi, pour ceux qui ne le connaissent pas, est celui qui a justifié le qualificatif de RADHIA ALLAHOU 3NHOU attribué à Cheikh Rached Ghannouchi à l’occasion de l’inauguration de la mosquée.

Dans son prêche, le Cheikh a fustigé les artistes qui ont réalisé les tableaux jugés blasphématoires en interprétant à sa manière le message qu’ils véhiculent. Il s’agit, d’après lui, du dénigrement des religieuses qui portent le voile en leur collant l’étiquette de prostituées, de la diabolisation des salafistes, en les présentant sous la forme de monstres, et de l’avilissement de la divinité. Ces atteintes, d’après le Cheikh Houcine Labidi, légitimisent l’effusion du sang des artistes concernés, ce qu’il a répété à deux reprises. Cependant, malgré la tonalité de son discours, à travers lequel il a vraisemblablement cherché à titiller la susceptibilité des prieurs, la réaction de ces derniers a été des plus sages. Hormis des indignations exprimées par-ci et par-là et quelques échanges un peu électriques, l’appel du cheikh ne semble pas avoir suscité le feedback escompté.

Mais du côté du ministère des Affaires religieuses, l’incident n’est pas passé inaperçu. Dans un entretien accordé aujourd’hui à la radio Shems FM, Ali Ellafi, conseiller au ministère des Affaires religieuses, a indiqué que des mesures administratives seraient prises à l’encontre du Cheikh qui s’est permis de se substituer à la justice en jugeant des actes et en mettant à prix la tête des artistes. Il a ajouté qu’à côté de ces mesures, toute personne se sentant lésée par l’appel du Cheikh est en droit d’engager des procédures légales.

L’association des artistes, qui dans une conférence de presse organisée aujourd’hui, a fait connaître son intention de poursuivre l’État, le ministre de la Culture et l’huissier de justice qui a mis le feu aux poudres, pourra envisager également de déposer une plainte contre le Cheikh Houcine Labidi pour incitation au meurtre.

En ce qui concerne le principal instigateur, Mohamed-Ali Bouaziz, le conseil de l’ordre des huissiers de justice vient d’annoncer aujourd’hui le déclenchement d’une enquête disciplinaire. À son encontre, les poursuites doivent aller au-delà d’une enquête, d’une comparution et d’un verdict, non seulement à cause de l’ampleur des dégâts occasionnés par sa manœuvre dangereuse, mais en raison du passé scandaleux de l’homme. En effet, venant d’un ex-RCD dont les activités miliciennes ont fait beaucoup de victimes à la Marsa et même ailleurs, sa démarche ne peut pas être innocente et son attitude laisse entrevoir une machination contre-révolutionnaire.

Enfin, les médias, comme d’habitude, n’ont pas été ménagés en cette journée que l’on peut baptiser sous le signe « plus de peur que de mal » A la sortie de la Mosquée EL FATAH, des prieurs ont scandé des slogans hostiles à leur égard, leur reprochant d’avoir exagéré la couverture des événements en rapport avec la violence salafiste alors qu’ils n’ont fait que reproduire une réalité qui saute aux yeux.

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