Rached Ghannouchi : «L’application de la Chariaa n’est pas un objectif de la révolution»

L’interview livrée aujourd’hui par Rached Ghannouchi à Mosaïque FM n’a pas seulement permis d’édifier sur les circonstances de la décision de l’instance constitutive du mouvement Nahdha concernant le maintien de l’article 1er de la constitution de 1959, mais a montré un autre visage du leader du parti. Cette résolution a été votée par la très grande majorité des membres de l’instance qui ont été 52 à se prononcer pour le maintien des dispositions de cet article contre 12 membres favorables à l’insertion de la Chariaa dans la nouvelle constitution.

Rached Ghannouchi estime que l’article 1er de la constitution de 1959, qui définit l’identité de la Tunisie et son statut, est largement suffisant pour préserver la religion. L’insertion de la Chariaa en tant que source de la loi n’empêche pas sa transgression. Il a cité, à cet effet, le cas de la constitution égyptienne qui prévoit que la Chariaa est une source fondamentale de la loi et celui de la constitution yéménite qui pose que la Chariaa est la source unique de la loi. Malgré la teneur de ces dispositions, les autorités dans ces deux pays n’ont eu aucun respect pour la religion et l’homme.

Il a ajouté que les atteintes à l’Islam sous Bourguiba et Benali n’ont pas été la conséquence de l’article 1er de la constitution, mais la résultante d’une politique dictatoriale et répressive.

S’agissant de la soumission à référendum de la question, comme l’ont suggéré certains dans le mouvement et en dehors du mouvement, R. Ghannouchi a précisé qu’on ne peut pas solliciter l’avis du Tunisien sur une question encore floue et ambiguë dans l’esprit de la plupart. Certains assimilent la Chariaa à l’approche des talibans, qui sont allés jusqu’à interdire les images à la télé. D’autres l’appréhendent à cause du rejet de la modernité affiché par les salafistes. Les Tunisiens appelés à voter vont se trouver malgré eux divisés en deux camps. Les partisans du projet s’attribueront le statut de musulman et les autres seront taxés de mécréants.

«La décision d’ennahdha n’est pas une réplique à Beji Caïed Essebsi»

Il a précisé dans ce même cadre que la décision de son mouvement n’est pas une réplique à Beji Caïed Essebsi qui, dans son dernier discours à Monastir, s’est montré favorable à un référendum. La discussion sur ce point était programmée au titre des questions diverses inscrites à l’ordre du jour de la réunion de l’instance.

Rached Ghannouchi estime que l’application de la Chariaa ne doit pas être imposée par les institutions de l’État, mais doit émaner d’une volonté populaire.

Par ailleurs, la résolution de l’instance constitutive est en accord avec les engagements du mouvement qui n’est pas un parti religieux et qui n’a pas l’intention d’imposer un régime théologique.

Au sujet des critiques qui sont adressées à son mouvement par les radicaux, R. Ghannouchi a indiqué que les militants du mouvement ont résisté à la répression et à la dictature et se sont joints à la révolution du peuple tunisien qui n’a pas appelé à l’application de la Chariaa mais a réclamé la dignité, la justice et l’emploi.

Pour faire face à ceux qui veulent imposer à la société par la force leur conception et leurs idées, de quelque bord qu’ils soient, salafistes ou modernistes, l’État doit assumer ses responsabilités en usant de ses prérogatives de puissance publique, ajoute R.Ghannouchi.

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