Opinion – Appel à témoin : quelle justice transitionnelle pour ces RCD qui continuent à profiter ?

Tellement les Tunisiens ont enduré la répression, l’oppression et toute sorte de gangstérisme sous le règne de la dictature de Benali, que les procès en cours et les condamnations prononcées contre des anciens responsables dans l’appareil de l’État et les impliqués dans les affaires de corruption ne permettent pas de calmer les esprits et de tourner la page du passé.

Les Tunisiens qui a divers degrés ont été victimes du banditisme de l’ancien régime, de l’administration qui était à son service et des pratiques mafieuses et tortionnaires, ne seront satisfaits qu’après mise en jeu de la responsabilité de tous ceux qui ont fauté à leur détriment, leur ont spolié leurs biens et ont porté atteinte à leur dignité.

En effet, les coupables dans ces affaires ne sont pas seulement le dictateur et ses conseillers, les mafiosi parmi les benali & trabelsi et certains responsables dans la police et l’administration, mais aussi des petites gens qui ont profité de la médiocratie promue par un faux politicien au passé douteux, en l’occurrence notre ami le Président. Leur tactique n’a rien de sorcier. Elle remonte à très loin dans l’histoire politique des sociétés. Adhérer au parti au pouvoir dans l’espoir de bénéficier de privilèges et droits spéciaux comme certains ont tendance à le faire avec les actuels responsables. L’autorité quand elle est médiocre, les en encourage pour monnayer leur allégeance.

Le pire est que sous le régime de la dictature, le profit ne s’est pas limité à l’obtention des autorisations pour l’exercice de certaines activités et à l’acquisition d’une certaine considération dans le milieu environnant, ce qui représente le mobile de la plupart des Rcédistes, mais s’est étendu à des violations de la loi, aux atteintes aux droits d’autrui, au détournement de fonds, aux menaces et à la violence contre les citoyens.

Presque tout Tunisien a été victime ou témoin d’une mésaventure écœurante avec des ex RCD qui curieusement continuent à profiter et à jouir des fruits de leurs forfaits. Leur récit mérite d’être rapporté à l’opinion publique dans le souhait de susciter une réaction positive des autorités en place pour parfaire le processus de justice transitionnelle en l’étendant aux miliciens et corrompus du RCD.

Si la plupart de nos concitoyens qui ont trop de choses à dire hésitent encore à le faire c’est parce qu’ils sont encore sous le choc de la dictature qui 23 ans durant leur a confisqué le droit à la parole et le droit de se défendre.

Aujourd’hui, rien ne doit être un obstacle à mettre à nu toute vérité aussi troublante et bouleversante soit-elle, non pas en raison de la nouvelle donne politique mais parce que le tunisien qui a défié la redoutable dictature de Benali n’a plus peur du gouvernant qui doit être à son service et au service de l’État.

Pour ouvrir le bal, voici deux récits rapportés par des citoyens qui sollicitent l’anonymat parce qu’ils sont encore sous la peur.

1er récit : H.J touche un salaire à ne rien faire, s’approprie un OUED, se fait passer pour un journaliste, conclut un marché bizarre avec le gouvernorat et vit comme un Pacha.

Il ne peut pas être d’un niveau meilleur que celui de son maître ZABA ; il a été même simple agent dans une société publique de transport selon un document officiel. Son stratagème Rcédien a été de nouer une relation suspecte avec le PDG de cette société dont il prétend être un parent très proche ; relation basée certainement sur la délation, les règlements de compte et autres loyaux services. En contrepartie, le Big Boss lui accorde un congé sabbatique à durée indéterminée sous l’appellation « autorisation culturelle » et ce, à l’instar de centaines d’autres Rcédistes payés par l’État à surveiller la population et à dénoncer les opposants. Pendant ce congé à vie, il touche un salaire de la société et il semble même qu’il bénéficiait d’avancements et autres avantages liés à une fonction qu’il n’exerce que sur le papier.

Pour ne pas éveiller les soupçons, il s’est fait passer pour un journaliste. Cette usurpation de qualité semble ne pas être fortuite puisque plusieurs RCD se présentent sous cette qualité et certains d’entre eux sont titulaires de cartes de presse (le cas de S.D, employée de banque qui ne s’y présente que rarement ).

Notre bonhomme a réussi à acquérir un petit lot de terrain dans une cité résidentielle où il a édifié une construction qui déborde largement la superficie autorisée pour empiéter sur le domaine public à savoir un OUED devenu depuis une propriété privée et une servitude de passage pour les riverains. Puis il construit une surélévation et un studio qu’il loue à coup de centaines de dinars comme logements de fonction en vertu d’un marché bizarre passé avec l’administration régionale. Mieux encore, il est arrivé à faire inscrire sur les livres de la conservation de la propriété foncière toute la construction dont la moitié ne lui revient que par l’escroquerie.

Son petit ZABA, le PDG de la société de transport qui le paye à ne rien faire a eu lui aussi sa part du gâteau en s’appropriant un petit lot voisin où il fit construire ( tenez-vous bien) 5 logements débordant les limites topographiques pour empiéter sur le domaine public qu’il loue n’importe comment et à n’importe qui.

Jusqu’au 13 janvier 2011, les rapports de délation émanant de notre bonhomme ont fait des centaines de victimes en inventant des histoires ridicules pour un oui ou pour un non. Telle personne est un opposant dangereux, telle autre sympathise avec tel mouvement politique où complote contre la sécurité de l’État, telle autre est dans une situation illégale …..

Mais à partir du 14 janvier, il a commencé à changer de langage et à retourner la veste en se faisant passer tout d’abord pour un révolutionnaire qui n’a jamais été satisfait du régime évincé puis se déclarant un fervent partisan du mouvement ENNAHDHA qui accapare la scène politique .Il entend ainsi continuer à profiter comme si de rien n’était.

2ème récit : ABS, vieux syndicaliste et RCD qui menace de tuer avec la complicité de la municipalité, selon le témoignage de Adham E. I.

Dans cette autre affaire, ABS milicien attitré, se comportait en petit bandit dans la région où il habite. Son banditisme lui a suggéré de construire, tenez-vous bien, un abri en bordure de l’appartement au RDC qu’il occupe en empiétant sur un appartement situé au niveau supérieur L a partie lésée croyant que par la loi et le civisme pouvait facilement obtenir gain de cause, a déposé une requête auprès de l’autorité municipale compétente. Mais au lieu d’intervenir pour remettre les choses dans l’ordre, le représentant de l’autorité communale a conseillé le plaignant de renoncer à la requête. Devant son insistance,car il croyait naïvement en la supériorité de la loi pour ce genre d’affaires, une conseillère municipale, Mme BOUH. qui se trouve être en même temps propriétaire d’une pâtisserie de luxe, l’a menacé lui disant texto « fais attention, si tu as encore besoin que tes enfants restent en vie !!! ».

ABS, BOUH, El. K se sont mobilisés et acharnés contre un citoyen qui a osé réagir à un des leurs Que sont-ils devenus ? Que font-ils ? Epargnés par la justice transitionnelle amputée de sa raison d’être, ils vont certainement pouvoir continuer à profiter comme bon nombre de dossiers.

M’hamed Ben Sassi

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