Le journaliste Abdelhak Tarchouni apporte des pièces au puzzle du 14 Janvier

Actuellement, chacun y va de sa version concernant ce qui s’est passé au palais de Carthage, le jour de la fameuse fuite de Ben Ali et consort. Certaines sont complètement extravagantes, d’autres touchent la vérité du doigt, selon leur contexte, et quelques-unes apportent des complètements d’information, comme celle d’Abdelhak Tarchouni.

Ce journaliste de la Télé nationale, interrogé par Radio Tataouine, a révélé de nouveaux éléments pouvant s’imbriquer au puzzle du 14 Janvier.

Si le chef de la Brigade anti terroriste, Samir Tarhouni, a donné sa version de ce qui s’est passé à l’aéroport Tunis Carthage, Abdelhak Tarchouni a relaté les évènements qui se sont déroulés à l’intérieur du palais présidentiel.

Tarchouni a déclaré qu’en plus des martyrs la Révolution compte deux principaux «héros» ( ?) : Samir Tarhouni et Sami Sik Salem. Ce dernier, directeur à la Sûreté présidentielle, se trouvait dans le palais le fameux 14 janvier où il a assisté au départ du président déchu vers l’aéroport militaire. Auparavant, Ali Seriati et Adnène Hattab essayaient de convaincre, en vain, Tarhouni de libérer les Trabelsi arrêtés.

Après le départ de Ben Ali et sans être au courant de ce qui se passait à l’aéroport Tunis-Carthage, le colonel Sik Salem a appelé son supérieur, Adnène Hattab, pour lui demander de venir au palais, en l’absence de leur chef, Ali Seriati. Une demande que Hattab a refusé, préférant se cacher chez lui et conseillant à Sik Salem de faire de même. C’est alors que ce dernier a décidé de prendre ses responsabilités afin de sauver le pays du vide constitutionnel. Réunissant, toujours au palais, ce qui reste des membres de la sûreté présidentielle, Il les a informé du départ de Ben Ali et les a avertis qu’il prenait le commandement.

Sik Salem a appelé le professeur Abdennadher, président du conseil constitutionnel, pour l’inviter à venir au palais mais celui-ci est resté chez lui fermant son téléphone portable. C’est alors que Sik Salem a appelé Ghannouchi (qui aurait été grandement surpris d’apprendre le départ de Ben Ali), Kallel et Mbazâa. A leurs arrivées, le colonel Sik Salem a demandé à Mbazâa de prendre ses responsabilités (la présidence du pays) comme c’est écrit dans la constitution. Mbazâa a refusé ! C’est là que Kallel s’est « dévoué » et se dit prêt à assumer et diriger le pays !

Sik Salem a refusé la proposition de Kallel, et s’aidant de l’article 56 de la constitution a demandé à Ghannouchi d’écrire le discours que tout le monde a entendu le soir du 14 janvier. Après l’enregistrement de la séquence où Ghannouchi s’est proclamé président par intérim du pays, un officier s’est chargé de transporter la cassette vers les locaux de la télé nationale. L’allocution de Ghannouchi a été diffusée vers 19h.

Pendant ce temps-là, Ben Ali a appelé, de son avion, Ghannouchi. Fou de rage, Ben Ali aurait menacé Ghannouchi et lui aurait dit « je serais de retour dans 5 heures, je me vengerais de toi! ». Des menaces auxquels Ghannouchi aurait rétorqué « Monsieur, non Monsieur, ce n’était pas moi, on m’a obligé à le faire. Je peux me rétracter quand vous le voulez ». Après cet appel téléphonique, qui s’est déroulé devant tous les présents au palais, Sik Salem est entré dans une colère noire. Il a crié que Ben Ali ne reviendra plus et a traité de tous les noms les Trabelsi.

Après la chute de Ben Ali, Sik Salem a été arrêté, dans des circonstances étranges. Il a été incarcéré durant deux semaines et aucune information ne lui était transmise. A tel point qu’il pensait que Ben Ali était de retour et qu’il allait être condamné à mort. Ce n’est qu’après les efforts de sa femme, qui a alerté plusieurs avocats et associations de droits de l’Homme, que le colonel Sik Salem a été libéré. Il a été muté à l’administration routière alors que Adnène Hattab a gardé son poste pré-14 janvier.

Plusieurs questions se posent donc après ces révélations de Tarchouni. Pourquoi traite-t-on de la sorte un «héros» de la Révolution qui a évité un bain de sang au pays ? Qui a ordonné sa mutation ? Pourquoi Adnène Hattab, l’enfant chéri de Ben Ali, a-t-il gardé son poste alors qu’il n’a pas assumé ses responsabilités le soir du 14 ? Autant de questions sans réponse mais une chose est sûre, le puzzle du 14 janvier se met petit à petit en place.

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