Opinion – Liberté de la presse : An 0

Liberté de la presse, dites-vous ?! La Tunisie est encore loin de cette liberté tant recherchée. A cela plusieurs raisons.

La Tunisie a connu une révolution unique dans son histoire. Une révolution qui va effacer 50 ans de totalitarisme et d’injustices. Une révolution qui va mettre en place un nouveau système politique et relancer sur d’autres bases la vie économique et sociale de ce pays. Mais es-ce que tout cela sera possible sans ce 4ème pouvoir qu’est la presse, toutes composantes réunies ?

La révolution n’a pas été tendre avec ceux qui ont légitimés et loués les années Ben Ali ; elle a été même très radicale. Le RCD a disparu, ceux qui ont participé à sa montée en puissance également. Alors pourquoi les médias ont-ils échappé à cette chasse aux sorcières ?

Pourtant, ils en auraient des choses à se reprocher, eux qui ont toujours courbé l’échine du temps de Ben Ali et même de celui de Bourguiba. De vieux réflexes dira-ton ! Mais ces vieux réflexes ne disparaitront pas tant que le système mis en place existe toujours. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux.

Patrons de presse, journalistes épinglés ou empêtrés, entreprises de presse… Tous doivent revoir leur stratégie. Les vieux réflexes ne s’effacent du jour au lendemain surtout lorsqu’on s’obstine à vouloir travailler de la même manière. Une manière loin d’être collégiale.

Comment faire confiance, aujourd’hui, à des patrons de presse et des journalistes, jadis mis dans la complicité de ce que fût le 7-Novembre et son ère abjecte ? Comment éliminer cette manie qu’ont nos médias de retourner leur veste à chaque fois que l’exige le contexte ? Tout est question de liberté de presse. Et aujourd’hui, cette liberté n’existe pas, ou du moins existe en apparence. C’est le fond contre la forme, c’est l’histoire de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide.

Aujourd’hui, le journaliste tunisien ne s’exprime pas comme il le souhaiterait. Il reste entre l’enclume et le marteau. Il reste sous la dépendance et le bon vouloir des intérêts de l’entreprise qui l’emploie.

Aujourd’hui, le journaliste a toujours des lignes rouges qu’il ne doit pas franchir. Ce sont celles qui pourraient nuire à son patron au détriment de la vérité. A voir les médias tunisiens, près de cinq mois après la révolution, rien n’a changé si ce n’est cet abattage médiatique qui a accompagné les révélations sur Ben Ali et son clan.

Du journalisme bas de gamme comme en raffolent les tabloïds. Des accusations, des débats (parfois vides de sens), des polémiques, etc. Tout pour tenir en haleine des lecteurs avides de sensations.
Mais le vrai journalisme n’a pas encore fait son apparition. Quelques études, sans plus. La cause à qui, à quoi ? Le système est tel que l’information reste difficile à obtenir avec des administrations toujours aussi cloisonnées et des ministères toujours autant recroquevillés sur eux-mêmes.

C’est pour cette raison que les titres n’ont pas changés. Les mêmes journaux, les mêmes émissions, les mêmes débats, les mêmes journalistes. A ce jeu, ce sera le même résultat en attendant que la centaine de visas pour de nouveaux titres soient accordés à leurs demandeurs. Mais pourra-t-on leur faire confiance ? Ne risque-ton pas de les voir déraper ? Dans tous les cas, ce n’est pas avec les médias actuels que l’on pourra voir le bout du tunnel. A moins d’une révolution médiatique.

Qui dit révolution dit changement. Nos médias ont besoin d’un véritable tsunami. Que les journaux traditionnels, que la télé nationale, que les radios, se métamorphosent. Il y va de leur existence.
Changer n’est pas parler d’une seule voix !

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