Est-ce encore le temps du hacktivisme ?

On ne la reconnaît presque plus cette Tunisie, avec les rues sales, les administrations perturbées, les murs tagués, les manifestations et sit-in partout. La Tunisie a changé depuis le départ de Ben Ali.

Des moyens que l’on peut qualifier d’illégaux, en référence à la loi, ont été utilisés par les hacktivistes afin de participer à cette lutte pour la liberté. Il s’agit essentiellement d’attaques DDoS et défiguration de sites (intrusion et modification de la page d’accueil et affichage d’un message précis).

Anonymous y a largement contribué, membres tunisiens compris. Leur mission s’est arrêtée maintenant: la Tunisie est désormais un pays de Droit.

La censure de l’Internet n’est plus, et même les sites pornographiques sont accessibles aujourd’hui. Ce qui est pour les purs hacktivistes une victoire, et pour d’autres une honte, un blasphème : les sites « haram » sont sur la toile tunisienne !

C’est ainsi qu’un duo de pirates, « samourai07 » et « asdan045 », s’est infiltré mercredi 6 avril à 21h38 sur un serveur appartenant à l’un des FSI privés. Leur but était de défigurer quelques sites pour y déposer un message. La nouvelle page d’accueil a, alors, affiché leur revendication « Le peuple tunisien veut le blocage des sites pornographiques ».

Questionné par e-mail, quant à la motivation politique ou religieuse derrière cette action, « le peuple tunisien » nous explique qu’il n’y en a pas. Les deux compères ont agi uniquement pour « des raisons sociales afin de protéger nos mœurs. ».

Bien avant cette action de piratage, ils avaient déjà eu l’occasion de montrer leur talent, et ce, le 31 décembre 2009. Il s’agissait, comme nous l’a dit un des hacktivistes, du «site de l’Espérance de Tunis». C’était aussi un simple « deface » (ndlr : défiguration) sans perte de donnée » Leur but était différent : « prévenir l’administrateur d’une faille dans leur système afin de la réparer ».

Quant à la technique utilisée, ils nous ont répondu : « on a exploité des failles dans le système et on s’est introduit. Puis, on a ouvert un port de liaison TCP afin de se connecter et d’installer un rootkit pour avoir les privilèges root (super administrateur) et c’est comme ça qu’on a mis cette page (ndlr : la page défacée) à la place de la page d’accueil de ces 7 sites »

Sept sites ont, donc, été ainsi victimes de l’opération. « C’est juste un hasard, ça n’a rien à voir avec le 7 novembre » nous ont expliqué les auteurs. « On s’est arrêté à 7 sites parce que dans le serveur il y avait des sites d’hôtels et de tourisme, alors nous ne voulions pas semer la panique chez eux »

Les pirates ont donc pris la peine de choisir les sites cibles. Le plus important est celui de la Fédération Tunisienne de Football : « Pourquoi ces sites-là ? Et bien tout simplement parce que le domaine est fourni par l’Agence Tunisienne d’Internet qui a la responsabilité de censurer les sites pornographiques. Notre but c’est d’attirer leur attention et on espère qu’ils nous entendront »

L’Agence Tunisienne de l’Internet a entendu, évidemment. Mais l’ATI, comme l’avait expliqué son ancien directeur sur cette même page il y a quelques semaines, ne contrôlait pas la liste des sites censurés.

Aujourd’hui, l’internet libre est aux mains du peuple et, donc, de la démocratie. Il faudra désormais des ordres de justice pour obliger les fournisseurs d’accès à internet à censurer certains sites. Toute la procédure devra être transparente et soumise à une législation rigoureuse.

L’INBMI, fournisseur public d’accès à internet, bloque les sites pornographiques. Il gère sur son réseau les institutions d’enseignement public. Son action est plus que normale et il suffit d’une réglementation interne pour que le contenu en question soit bloqué.

Là où ça coince, c’est avec les fournisseurs privés. Ils ont une vaste clientèle dont la liberté de choisir est désormais sacrée. Certains fournisseurs ont déjà commencé à proposer des outils de contrôle parental. Ces logiciels existent gratuitement sur internet.

Est-ce encore le temps du hacktivisme ? Certainement pas ! Il est possible maintenant de faire circuler des pétitions, de s’organiser en société civile pour faire entendre sa voix, de porter plainte et exiger l’amendement de nouvelles lois,…

La meilleure solution pour ces hacktivistes forts en informatique est de créer un nouveau founisseur d’accès « hallal », ça serait le jackpot !

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