Festival du cinéma expérimental : Libres, courts et alternatifs

Selma Guellouz

La manière dont sont organisés tous les festivals du monde offre un concentré de cinéma en peu de temps. Une avalanche de films est ainsi proposée à un public qui frôle le gavage et la saturation.

Peu de temps pour laisser maturer les idées, d’autres films à voir absolument et aussi un flux tel qu’un film chasse l’autre.

C’est pour cela que l’expérience festivalière est si intense et qu’on vit quelques jours sur un nuage situé quelque part dans la cité idéale des cinéphiles.

C’est ce premier constat qui m’a poussé à créer et mettre en place le premier festival du cinéma expérimental en Tunisie. Ce festival prendra ainsi son temps et se déroulera sur plus d’un trimestre.

Un autre constat m’avait amené auparavant, grâce à l’appui de la Fondation Kamel Lazaar, à ouvrir au film court une salle de cinéma spécifique.

En effet, dans l’écrasante majorité des cas, les films courts sont présentés dans le cadre de projections groupées. Ainsi, on proposera par exemple, cinq films lors de la même séance pour d’évidentes raisons commerciales.

Cet écueil a pour conséquence de priver les œuvres de leur identité propre et ne permet pas de les appréhender dans leur singularité. Qui dans le contexte commercial pourrait s’aventurer à programmer un film court en solo ? Hormis les premières qui sont d’abord des moments festifs, nos films courts n’ont pour horizon de diffusion que les festivals.

Avec la création du B7L9, un cinéma de poche fondé par la Fondation Kamel Lazaar, la donne a changé. En effet, selon sa charte, cette salle offre au public des projections gratuites et s’est vite spécialisée dans le documentaire, le film court et tous les formats alternatifs du cinéma.

Grâce à cette salle, tous les films courts disposent désormais d’un espace pour être visionnés dans leur singularité. Ainsi, quelque soit la durée d’un film, une projection autonome lui est consacrée et elle est suivie d’un débat.

Le succès de cette formule initiée en novembre 2019 a naturellement mené à la structuration de cette offre inédite. C’est dans ces conditions que vient de naître le festival du cinéma expérimental dont la première édition se déroule à partir d’aujourd’hui et durant tout l’été.

Le festival du film expérimental a d’abord pour objectif de singulariser les films courts. Ensuite, il s’agit de démonter que le film court est le format le plus libre qui soit offert aux cinéastes. D’ailleurs, cet espace de liberté permet de multiplier les variations et donne naissance aussi bien à des films d’auteur qu’à des films d’artistes ou des essais d’étudiants en audiovisuel.

C’est à ce titre que le festival du cinéma expérimental vise à rassembler dans un même forum des œuvres d’artistes accomplis et des essais plus sommaires mais portés aussi bien par l’intelligence de l’image que des projets esthétiques ou militants.

Durant un trimestre, le public pourra découvrir la nébuleuse des films courts réalisés par des cinéastes tunisiens tout en s’initiant à une formidable diversité. Quelques œuvres étrangères figurent également au programme de cette première édition, notamment des œuvres de Iara Lee et Maria Dubin.

A côté des films d’école et des essais strictement expérimentaux, le public pourra aussi faire connaissance avec certaines facettes du cinéma de réalisateurs exigeants à l’image de Lotfi Achour, Hazem Berrabah, Sélim Gribaa ou Issam Bouguerra.

L’ouverture du festival se fera avec le film « Tame » de Selma Guellouz ce vendredi 19 juin et permettra de découvrir un talent naissant qui en dit long sur la qualité et l’originalité des artistes de l’image en Tunisie.

Bienvenue au festival du cinéma expérimental qui se veut enfin un espace de réflexion sur la notion d’expérimentation en Tunisie, au sens le plus large que peut prendre ce terme.

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