Art contemporain : « El Kazma », de Gabès à Bruxelles

Le terme « El Kazma » reste nimbé de mystère. Aujourd’hui, il représente de simples lieux-dits qui, très souvent, se trouvent sur les plages et parfois surplombent les hauteurs, comme au parc du Belvédère à Tunis.

Ce terme passé dans le dialecte tunisien provient du français « casemate » qui désigne une fortification à l’épreuve du tir ennemi, autrement dit un bunker. Ces casemates ont été construites en nombre durant la Campagne de Tunisie en 1942-43 et sont dispersées sur le littoral.

Un hasard objectif a voulu que des artistes s’emparent de cette présence diffuse pour engager une réflexion née durant le festival de Gabès. Entre désir de dénoncer la pollution chimique et sublimer l’étrangeté des paysages de la région, une série de six opus a vu le jour, articulée autour des casemates.

Celles qui se trouvent autour du golfe de Gabès ont inspiré cette exposition qui décline les œuvres de six artistes. Entre visuel et sonore, ces artistes font un temps d’arrêt devant diverses réalités qui vont d’un murmure à des étendues marines, des lignes d’un journal intime à un économat abandonné ou les arcanes d’une maison close.

Ces œuvres visuelles sont actuellement visibles à Bruxelles dans le cadre du festival L’Heure d’hiver qui accueille cinéastes et artistes tunisiens. On y retrouve Intissar Belaid, Fakhri El Ghezal, Nicène Kossentini, Hédi Ladjimi, Ali Tnani, Haythem Zakaria et Sofian El Fani avec des oeuvres très subtiles et dont l’enchevêtrement questionne l’être profond et le monde qui l’entoure.

L’exposition sera inaugurée ce soir à 18h au cinéma Galeries à Bruxelles. Autre hasard objectif, l’espace accueillant l’exposition est en sous-sol. Bâti en pierre de gros appareil, il évoque fortement la solidité des casemates et surprend grâce à cette correspondance indirecte et inattendue avec le terme « El Kazma », lui-même évocateur du dérèglement par l’art de toutes les lignes Maginot réelles et virtuelles.

Un travail à découvrir à double titre; D’une part, il nous renseigne sur la vitalité des artistes visuels tunisiens qui sont entrés de plain-pied dans la modernité et le contemporain le plus immédiat.

D’autre part, grâce à un subtil ricochet, il interpelle en les confondant notre conscience écologique et artistique ainsi que nos démarches de représentation du réel.
Cela, le projet des sept artistes réunis par « El Kazma » l’exprime bien en nous invitant à « la contemplation d’espaces fantômes, d’entre-deux, de mémoire désertée, mais investie et remise en lumière par un langage poétique et vidéographique ».

L’exposition se poursuit jusqu’au 21 mars au cinéma Galeries à Bruxelles et sera probablement présentée prochainement en Tunisie.

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