Après l’échec d’Ennahdha et de Jemli : Kais Said en quête du juste milieu !

La claque infligée, le 10 janvier dernier, au mouvement Ennahdha et au chef de gouvernement qu’il avait désigné, Habib Jemli, est restée en travers de la gorge. Car cette fois, ni Nidaa Tounes, ni même Qalb Tounes n’étaient là pour sauver la stratégie mise au point par le parti islamiste.

Cette fois, Ennahdha n’a trouvé aucun allié. En 2014, Nidaa Tounes était devenu un allié de circonstance qui, au fil des ans, s’est grillé auprès des électeurs. En 2019 et à l’occasion de l’élection du président de l’Assemblée des représentants du peuple, Ennahdha avait pu forger une entente avec Qalb Tounes et faire élire son chef, Rached Ghannouchi.

Le gouvernement Jemli, n’a pu bénéficier de soutien « extérieur ». En se soumettant au vote de confiance des 217 députés de l’ARP, il a reçu un camouflet. Cette « défaite » qui est aussi et surtout celle d’Ennahdha, était prévisible numériquement parlant.

Avant le vote de confiance, les forces en présence à l’ARP étaient déjà loin d’être équilibrées. Ceux qui s’opposaient à ce gouvernement Jemli étaient trop nombreux. A partir de là, un coup de théâtre était toujours possible, mais Nabil Karoui, président de Qalb Tounes, a cherché, en quelque sorte à se racheter du pacte passé avec Ennahdha lors de l’élection du président de l’ARP et n’a pas, cette fois-ci, changer son fusil d’épaule.

La balance penchait donc du côté des opposants, composés du Bloc démocratique (41 députés), de Qalb Tounes (38 députés), du Parti destourien libre (17 députés), du bloc de la Réforme nationale (15 députés) et de Tahya Tounes (14 députés) soit 135 députés, au total,

Les partisans du gouvernement Jemli rassemblaient principalement Ennahdha (54 députés) et la Coalition Al-Karama (18 députés), soit 72 députés. Le gouvernement proposé par Habib Jemli a d’ailleurs échoué en ne récoltant que 72 voix sur les 109 requises alors que 134 députés ont voté contre.

Mais en faisant abstraction de la défaite d’Ennahdha et de la prise de position de Qalb Tounes, les seuls perdants sont le pays et les Tunisiens. Que de temps perdu par Habib Jemli pour finalement se fracasser contre un mur. Deux mois de concertations et de consultations qui n’ont mené à rien dans la mesure où dès l’annonce de la composition du gouvernement, une fronde s’est formée, non-satisfaite par l’équipe mise en place par Jemli.

Youssef Chahed, chef du gouvernement chargé des affaires courantes reste en place… jusqu’à ce que le président de la République, Kais Saïed propose son candidat, comme le définit l’article 89 de la Constitution. Il doit d’abord engager des consultations avec les partis politiques, les coalitions et les groupes parlementaires, en vue de charger la personnalité jugée la plus apte, qui s’attellera à former un gouvernement dans un délai maximum d’un mois.

Comptablement cela fait 60 jours (concertations sous Jemli) auxquels il faut ajouter 40 jours. A ce rythme, le gouvernement Chahed va battre un record de longévité. Mais une fois que Kais Saïed aura fait son choix, la personnalité désigné aura encore pour mission de composer un nouveau gouvernement. Il pourra aussi bénéficier d’un délai d’un mois voire deux.

De l’identité de la personnalité désignée dépendra la teneur des concertations, car si un front s’est formé pour s’opposer au gouvernement Jemli nul doute que ce front a déjà disparu. Les anti-Qalb Tounes sont toujours légion et c’est désormais une équation à trois inconnues qui se présente à Kais Saied, celle de trouver un chef de gouvernement qui satisfera tout le monde, celle de composer avec des forces antagonistes et celle celle de trouver un gouvernement qui aura la périlleuse mission de sortir le pays de la crise.

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