Le onze légendaire des « Sang et Or »

Le onze légendaire des « Sang et Or »

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Combien de joueurs ont écrit les pages de l’Espérance Sportive de Tunis ? Des centaines, peut-être même des milliers… Des bons ? Il y en a eu à la pelle. Des très bons ? On se rappelle encore de leurs exploits. Des légendes ? Leur nom est à jamais gravé dans nos mémoires…

Se pourrait-il que l’on puisse faire abstraction du temps et composer l’équipe type des « Sang et Or » ? Celle dont les éléments ont fait vibrer leurs fans et ce, bien au-delà des stades du pays. Pari osé, pari risqué, mais quelle riche idée !

Pour votre plus grand plaisir, les journalistes de Tunis Webdo se sont longuement concertés avant de vous proposer un onze légendaire du club de Bab Souika.

Au cours de cet exercice, ô combien passionnant, nous avons considéré les joueurs étrangers autant que les nationaux, mais sans tenir compte de ceux qui sont encore en activité, au grand désarroi de certains.

Onze joueurs ont, donc, été élus selon une formation tactique de type 5-4-1 : un gardien de but, cinq défenseurs, quatre milieux de terrain et un attaquant :

Chokri El Ouaer (gardien)

Son nom retentissait à tout bout de champ dans les travées du stade d’El Menzah : « Ya Chokri ! Ya Chokri ! Meilleur que Pagliuca et Peruzzi », chantaient les Ultras ! Véritable armoire à glace et patron de sa surface, Chokri El Ouaer est une légende au sens propre du terme. Sa carrière est un panel de parades déroutantes, d’arrêts ahurissants et de sorties qui faisaient frémir bon nombre d’adversaires.

Le gardien de l’Espérance et de l’Equipe nationale a passé plus de 15 ans au service des « Sang et Or ». Son palmarès est l’un des plus étoffés du football tunisien et pour cause, El Ouaer a remporté pas moins de dix championnats, quatre coupes de Tunisie et l’édition 1994 de la Ligue des champions africains.

Elu meilleur gardien du premier tour de la Coupe du monde 1998, rien que ça, Chokri est sans contexte l’un des meilleurs portiers qu’ait connus notre football, si ce n’est le meilleur ! C’est, donc, sans le moindre doute qu’on lui confie la tâche de veiller sur les cages de cette équipe de rêve.

Khaled Ben Yahia (défenseur central)

Avant les années 80, l’Espérance souffrait d’une ligne défensive assez frêle, comparée à celle de l’autre grand club rival de la capitale. Ce n’est qu’après l’arrivée d’un certain Khaled Ben Yahia, en 1980, que le Tarraji se dote d’une muraille quasi infranchissable.

Elégant, technicien, adepte d’un jeu propre et mesuré, le libéro devient l’un des piliers de l’EST en à peine un an. Quelques tacles glissés plus tard et le voilà élu, par deux fois, meilleur footballeur tunisien (1981 et 1986) ; un exploit inégalé à ce jour.

Radhi Jaïdi (défenseur central)

Dans le sillage du précédent, émerge l’immense Radhi Jaïdi… Le colosse de 1,92 mètre a été l’un des principaux artisans de l’épopée « rouge et jaune » des années 90-2000.

Bien que d’un gabarit imposant, Jaïdi savait allier finesse et jeu musclé lorsqu’il s’agissait de faire le ménage ou de planter un but sur corner.

Après avoir tout gagné en Tunisie, le charismatique défenseur s’envole pour l’Europe où il se distingue en Premier league anglaise. Toutefois, l’ancien sociétaire de Bolton Wanderers demeure, à tout jamais, un fils de l’Espérance.

Khaled Badra (défenseur central)

Il est difficile d’évoquer Radhi Jaïdi sans parler de son frère d’armes, Khaled Badra. Le duo de choc faisait office d’un rideau de fer sur lequel se reposait, sereinement, le reste de l’équipe.

Si Jaïdi était le plus fin des deux, Badra était, quant à lui, le plus rude. Le gars qu’il valait mieux éviter si l’on ne voulait pas mordre la pelouse.

Mais en dépit de cette image de brute épaisse, Badra est un meneur d’hommes qui a su guider ses partenaires d’une main de maître.

Tarek Thabet (arrière droit)

Que serait une solide équipe sans un arrière véloce et polyvalent ? Tarek Thabet répondait à ces deux critères ! D’un tempérament calme et discret, l’arrière moustachu était un véritable poison du couloir droit.

Balle au pied, Thabet remontait le terrain à toute allure avant de servir sur un plateau les attaquants ou de s’offrir un but d’une frappe limpide venue de nulle part.
Un véritable arrière à l’européenne adepte d’un football total et d’un sens irréprochable du fair-play. La classe !

Hédi Berrekhissa dit « Balha » (arrière gauche)

Lors de son premier match sous les couleurs de Bab Souika, on l’avait hué. Lors de son dernier match, le pays, tout entier, l’a pleuré. Hédi Berrekhissa est sans conteste l’un des joueurs les plus talentueux à son poste.

Grand, costaud, agile, rapide… celui que l’on surnommait « Balha » incarnait l’excellence du jeu moderne. Son doublé magistral en finale de la Ligue des champions africains face au Zamalek fit de lui un héros national, une icône générationnelle…

Elu meilleur joueur arabe en 1995, Berrekhissa n’avait que 24 ans lorsqu’il nous a quittés. Il a eu, tout de même, le temps de nous faire rêver. Qu’il repose en paix !

Témime Lahzami (milieu droit)

Le gamin des rues d’Hammam-Lif avait l’habitude de jongler avec une paire de chaussettes roulée en boule. Quelques années plus tard, il ridiculise l’Olympique de Marseille au stade Zouiten (EST-OM, 4-1) après un parcours exemplaire lors de la Coupe du monde 1978 en Argentine. Au fait, et si ce tir contre la Pologne était rentré ? Serions-nous allés en finale ? Avec un gars comme Témime, probablement…

Ceux qui l’on vu à l’œuvre se souviennent de ses dribbles virevoltants et de sa vitesse d’exécution qui laissaient bon nombre de défenseurs brasser du vent.

Mis à part sa vivacité, Témime était un meneur de jeu redoutable avec beaucoup de générosité envers ses coéquipiers. Un monstre de l’Espérance et une légende du football !

Abdelmajid Ben Mrad (milieu gauche)

« Donnez-lui le ballon et laissez-le faire ! » Cette phrase à elle seule pourrait résumer le style de jeu de Abdelmajid Ben Mrad. Le milieu gauche, reconverti en ailier offensif à ses heures perdues, est l’un des meilleurs dribbleurs tunisiens de tous les temps.

Mince et longiligne, Ben Mrad n’avait pas le physique adéquat au jeu qu’il pratiquait. Toutefois, il avait cette manie d’effacer deux ou trois adversaires par un petit passement de jambes dans un mouchoir de poche avant de repiquer dans l’axe et de clouer le gardien d’une frappe croisée au ras du sol. Du talent à l’état pur !

Tarak Dhiab (milieu offensif)

A tout juste 23 ans, le numéro 10 des « Sang et Or » se voit remettre le Ballon d’or africain (1977). Seul lauréat tunisien de ce prestigieux trophée. Le reste se passe de commentaires…

« Tarek ! Tarek ! Tarek ! », scandait feu Néjib Khattab. Technicien, visionnaire, habile des deux jambes, passeur et buteur providentiel, Tarek Dhiab est, aux yeux de beaucoup, le meilleur footballeur tunisien, toutes générations confondues. Le genre de joueur capable de renverser le cours d’un match en deux éclairs de génie.

Fort d’un palmarès étoffé, Tarek Dhiab affiche 429 matchs avec l’Espérance et 128 buts au compteur, faisant de lui, le recordman des buteurs du club.

Ajoutez à cela un tempérament de leader et l’on obtient notre capitaine de ce onze de légende.

Ayadi Hamrouni (ailier)

Ce qui caractérisait Hamrouni, c’était son sens du placement. La perle noire a fait vivre un enfer aux défenseurs adverses par ses appels en profondeur, ses accélérations dans les dix-huit mètres et ses buts acrobatiques.

La coqueluche du virage des « Mkachkha » était l’une des pièces maîtresses de son équipe au cours des années 90 et ça, personne ne peut le nier.

Aux côtés de Nabil Maâloul et de Kenneth Malitoli, Ayadi Hamrouni a contribué à écrire les plus beaux chapitres de l’EST.

Abdelmajid Tlemçani (avant-centre)

« Avant-centre », c’est peu dire ! « Bombardier » ou « Renard des surfaces » serait plus approprié. Car Abdelmajid Tlemçani est, jusqu’à présent, le seul à avoir inscrit la bagatelle de 32 buts en une saison (1958-59), un record national. Cette année-là, l’Espérance remporte le championnat face à la redoutable Etoile sportive du Sahel, grand favori de la compétition.

Si le père de Zied Tlemçani n’était pas réputé pour sa technique, il marqua, tout de même, les esprits par son efficacité et son opportunisme devant les buts : un attaquant pur-sang. Ce n’est, d’ailleurs, pas un hasard s’il a fini, deux fois de suite, meilleur buteur du championnat avec, respectivement, 32 et 22 réalisations (saison 1959-60).

Armés d’un goleador de cette trempe, les « Sang et Or » avaient peu de soucis à se faire.

Mohamed Habib LADJIMI

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