Cité des Kurdes, Cité des Mendiants : Et pourtant, elles existent !

Le Grand-Tunis

En Tunisie, les noms des cités et des quartiers résidentiels sont des plus convenus. Ici et là, on retrouve les classiques Ennasr, Ettahrir, Ennour ou Ezzouhour auxquels on ajoute une pincée de personnalités à l’image par exemple de Hédi Nouira ou Moufida Bourguiba.

D’autres cités comme celles des Juges, des Journalistes ou des Officiers portent des noms de métiers. Et ainsi va la toponymie de nos jours. Il n’en reste pas moins que quelques unes de nos cités portent des noms surprenants.

J’en énumérerai quelques unes en commençant par la Cité qui saute, en arabe Hay Nagguez qui donnerait en anglais un sympathique Jumping City. Le nom de ce quartier remonte à l’époque où l’habitat spontané avait investi les lieux auparavant agricoles.

Et comme les gens construisaient sans arrêt, la ville avançait sans cesse et faisait des sauts de puce pour occuper davantage d’espace.

Dans le même esprit, Hay Ellil tire son nom du fait que ses habitants construisaient illégalement la nuit. Cette Cité de la Nuit est un bien paradoxal Tunis by Night.

Plus près de nous, dans la zone de Bir El Kassaa, il existe une Cité des mendiants (Hay Ettolab) dont le nom original s’est littéralement évaporé. Elle se trouve non loin de la Cité Aicha et tire son nom du fait que beaucoup des mendiants qui squattent les rues de la capitale viennent de ce quartier.

Plus étrange et cruellement raciste, deux cités de la périphérie de Tunis portent le même nom. Tout le monde les qualifie de Cités des Kurdes. L’une se trouve du côté de Ben Arous, non loin de Yasminette. L’autre est à l’Ariana, aux environs de la Cité Ennassim.

Hay El Akrad est ainsi nommé dans les deux cas parce que, selon les dires de monsieur tout le monde, ils sont peuplés de « la pire des racailles », de « gens sans origine » et autres dentelles d’un racisme ordinaire et redoutable.

Cette appellation scandaleuse fleurit tranquillement alors qu’on vous expliquera que les habitants de ces quartiers ne sont « même pas dignes d’être Arabes ». Abject mais vrai surtout lorsqu’on appelle le fantôme de Saddam Hussein à la rescousse.

Autrement, les noms des cités se déclinent de dizaines de manières et sans beaucoup d’originalité dans une ville qui d’El Manar à Ettadhamen grouille de quartiers aux noms monotones.

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