Nabil Karoui : Le seul nidaiste qui aura « réussi »

CP : BBC

L’opinion publique semble avoir oublié que Nabil Karoui est une des figures de proue du Nidaa tounes historique, celui fondé par BCE en rassemblant un attelage hétéroclite afin de fédérer les oppositions à l’Islam politique.

De même, Karoui sera l’un des premiers à quitter le vaisseau Nidaa Tounes tout en gardant une proximité relative avec le fondateur et certains des courants constitutifs ce ce front électoral.

En ce sens, Karoui avait pressenti parmi les premiers que Nidaa ne pourrait jamais se constituer en parti politique et, surtout, que cette plateforme ne parviendrait pas à garder en son sein toutes ses composantes.

Peut-on dès lors formuler l’hypothèse que Nabil Karoui avait vu juste et que son engagement dans l’associatif au lieu de fonder à son tour une petite chapelle constituait un choix gagnant ?

En effet, Karoui a choisi de s’investir dans une action de proximité qui, quelques années plus tard, lui donne non seulement une aura de présidentiable mais aussi une popularité palpable auprès d’une large frange de l’opinion.

Dans un pays où la gauche sociale et ouvrière ne parvient pas à tenir un meeting dans une cité populaire, Karoui est parvenu à mettre les deux pieds dans plusieurs quartiers réputés chauds et régions plutôt défavorisées.

Ne pas lui reconnaître cela reviendrait à pratiquer une occultation de fait. Invoquer les moyens qu’il a mis au service de cette pénétration dans les milieux populaires pour le conspuer relève tout autant de l’hypocrisie la plus élémentaire.

Car, qui sont les anciens nidaistes qui ont pu avoir sa réussite dans ce domaine précis de l’action sociale ? Qui sont les anciens nidaistes qui se sont investis au plus près des populations sinistrées au lieu de se vautrer dans les querelles d’appareil ?

Qu’on l’oublie ou pas, Nabil Karoui était sur la même ligne de départ que Mohsen Marzouk, Taieb Baccouche ou d’autres. Il appartient historiquement à cette mouvance qui a fondé Nidaa Tounes et observé les fissures puis l’effondrement d’un édifice tiraillé entre les partisans de Hafedh Caid Essebsi et ceux de Youssef Chahed sans évoquer ceux arrivés sur le tard pour appuyer Abdelkrim Zbidi.

Aujourd’hui, après les élections législatives et à la veille du second tour de l’élection présidentielle, il semble fort que la stratégie de Nabil Karoui soit la bonne lorsqu’on la compare à celle des autres nidaistes historiques.

Ainsi, Karoui aura-t-il coiffé au poteau celles et ceux qui pensaient qu’en faisant de la politique politicienne, ils étaient sûrs de rester dans le jeu. De même, il aura démontré que sans fonder un parti politique dissident de Nidaa, il pouvait capter une bonne partie de l’héritage et des électeurs de ce parti moribond à cause de la déloyauté de ses leaders.

Communiqués par le politologue Touhami Midani, le chiffres suivants soulignent en principe la pertinence de notre propos. En effet, 42,70% des électeurs de Karoui pour le premier tour avaient voté Nidaa Tounes en 2014.

Par ailleurs, toujours en 2014, 14,5% de ses électeurs avaient voté Ennahdha, 16,1% avaient voté pour d’autres partis, 21% étaient inscrits et n’avaient pas voté alors que 14,5% sont de nouveaux inscrits.

Dès lors, peut-on qualifier Nabil Karoui de seul nidaiste qui aura réussi ? Ceci d’autant plus qu’il demeure le seul à avoir maintenu le cap initial qui consistait à se positionner à l’opposé d’Ennahdha.

Pour l’instant, l’ex-prisonnier-candidat a retrouvé la liberté et devrait faire entendre sa différence de vive voix et peut-être même revendiquer le leadership des chapelles dissidentes de la maison-mère fondée par BCE.

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