Un moderniste dans le doute : Comment sortir de la débâcle ?

Si je vous parle histoire et nostalgie, ce n’est pas du tout par passéisme ou pour nous réfugier dans un quelconque îlot, loin du tumulte contemporain. Ce que nous partageons ici, ce sont en général, des regards croisés sur un passé proche ou lointain et des éclats de mémoire qui peuvent faire surgir et revivre en nous le souvenir.

C’est dans cet esprit que j’assure depuis quelques années ces billets et chroniques que mes amis lecteurs me font l’honneur de suivre. Ceci dit, les tensions de l’actualité ou notre regard sur la manière dont se construit le futur sont aussi des sujets qui nous tiennent à cœur et dont l’importance est cruciale.

Alors que tout un chacun parle politique, faut-il céder à la tendance et changer de registre ? Vaut-il mieux parler du bon vieux temps ou bien se plonger dans l’arène de notre démocratie en construction ? Faut-il évoquer les métastases du cancer islamiste, la montée des populismes, le retour des caciques et la voie étroite de la modernité ?

Le dilemme est tout à fait de mise et j’avoue hésiter ces derniers jours à quitter ou rester dans ce pré carré de la mémoire collective. Bien sûr, il est difficile de faire taire le citoyen que je suis devant le spectacle indigne que nous donnent tous ces politiques qui se disputent nos votes sans d’avoir d’autre programme que torpiller le concurrent.

Depuis, le début de la campagne électorale, les indignités se sont multipliées et tous les coups semblent permis. Ce qui me surprend, c’est le caractère absolument pourri de cette campagne et la manière dont la plupart des candidats trahissent l’esprit démocratique.

De fait, la foire d’empoigne a clairement tourné au pugilat et le simple citoyen est invité à compter les coups que se donnent les candidats. Parmi tous ces candidats, je constate que quelques uns dont le bilan est désastreux, osent demander aux Tunisiens leurs suffrages.

Ces candidats qui ont trahi leurs promesses antérieures n’ont peur de rien et avec l’assurance de Machiavel, tentent d’occuper le terrain grâce à des coups de pouce qui nous renvoient à un jeu démocratique qui n’en est pas un.

D’autres candidats ont un projet assez bien ficelé, mais seulement au niveau des intentions et il est difficile dans ce cas de leur faire confiance même s’ils peuvent convaincre. Certains autres candidats me semblent simplement en stand-by, dans l’attente de négociations en vue de leur ralliement à ce que le vent portera le plus loin.

D’autres encore sont là rien que pour assouvir un fantasme. Leur affiche presque grandeur nature, leur effigie sur les panneaux publicitaires, leurs petites gueules pour le plaisir narcissique sans plus. D’autres candidats ne parviennent même pas à afficher leurs manifestes électoraux par manque de militants ou d’argent. On se demande ce qui les motive dans cette course dont ils seront les perdants expiatoires.

Les circonvolutions de l’actualité nous offrent même un candidat qui se trouve actuellement en prison et qui laisse le soin à son staff de distiller le populisme et la contestation du système actuel. Un autre candidat est en cavale et lance des pavés dans la mare dans une atmosphère lourde de connivences.

D’autres candidats se complaisent dans une fuite en avant qui ne mène nulle part. D’autres enfin, revanchards, nous promettent de s’étriper avec le camp adverse, au mépris de tout réalisme ou esprit démocratique.

Bien sûr, ce qui retient le plus l’attention, c’est l’émiettement spectaculaire du camp qui se qualifie de moderniste, libéral, progressiste et démocrate. Face à la placidité du candidat islamiste et de ses alliés tactiques ou idéologiques, les candidatures des héritiers de la Première République ne font pas illusion et seul un miracle les sauvera d’une débâcle qui risque d’être plus cinglante encore qu’en octobre 2011.

Ce miracle se produira-t-il ? Quelles formes prendra-t-il ? Quelle configuration au final pour le duo de tête qui sortira des urnes dimanche prochain ?

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