Silence ! On tue l’enfance !

En peu de temps, on a tout dit, dans les médias et sur la place publique, à propos de «l’affaire des nouveau-nés».

Mais alors que « l’opération défoulement » commençait à se stabiliser, un peu par lassitude ou à cause de nouvelles catastrophes, «l’affaire de l’instituteur pédophile» en tête, voilà qu’une décision judiciaire interdisant la diffusion (en ce qui concerne «Al Hiwar Ettounsi») et la rediffusion (pour ce qui est de «Carthage Plus») d’émissions télé, ou de bouts d’émission, à propos du scandale du centre de maternité et de néonatologie, vient relancer l’affaire…

Mais dans un autre sens, malheureusement, celui du retour à la censure, au moment où tout le monde s’accorde à dire que la liberté d’expression est le seul acquis positif qui nous reste de notre fameuse «révolution».

Voilà donc la loi du silence rétablie, et par qui ? Par la justice ! Comme au bon vieux temps de la dictature ! Le gouvernement affirme à ceux qui veulent bien le croire qu’il n’est pour rien dans cette décision, mais qui le croit ?

L’exécutif s’étant ainsi disculpé, on attend encore la réaction de l’ARP, mais viendra-t-elle vraiment lorsqu’on sait que la majorité est solidaire du chef du gouvernement ? Doit-on en conclure que, après les campagnes pro-gouvernementales, et pro-Chahed en particulier, orchestrées comme au temps de Abdelwahab Abdallah et de l’ATCE, nous allons maintenant subir la loi du silence ?

En quelques lignes, et sans une argumentation juridique qui tient la route, on peut donc occulter ce que l’on désire occulter, même s’il s’agit d’enfants qui ont perdu la vie ! Silence ! On assassine l’enfance ! Circulez ! Il n’y a rien à voir !

Cette même logique sous-tend les réactions du directeur de l’école de Sfax, où a sévi l’instituteur pédophile, et de certains dirigeants locaux de l’éducation, qui, selon l’institutrice qui a dévoilé le scandale, n’ont cessé de la critiquer et de la harceler après l’éclatement de l’affaire.

Pourquoi ? Parce qu’elle a fait son devoir d’éducatrice, de mère et de citoyenne. Selon ces collègues, elle aurait dû se taire et se mêler seulement de ses 4 oignons pédagogiques». La loi de l’omerta, quoi ? Silence ! On tue l’enfance ! Circulez ! Il n’y a rien à voir !

Dans le cas de l’école de Regueb aussi, on s’achemine apparemment vers ce même silence complice, désiré par certains et craint par d’autres. Et ne vous étonnez pas si, un jour, on viendra vous dire : «Circulez ! Il n’y a rien à voir ! Tout simplement, on assassine l’enfance, et c’est sans importance ! »

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 18/03/2019

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