Nos hôpitaux cartonnent !

Nos hôpitaux cartonnent !

Par - Tunis-Hebdo

L’émotion est trop forte pour ne pas exprimer toute son horreur après l’annonce du décès de onze bébés à l’hôpital de La Rabta à Tunis. On ne peut être qu’horrifié par l’image détestable de bébés décédés, remis à leurs parents dans des boîtes en carton, qui exprime une forme de légèreté et maladresse qui correspond, malheureusement, à la manière dont est géré l’Etat et ses institutions depuis plusieurs années, et aggravée depuis 2011.

Il est clair que des responsabilités doivent être assumées dans la mesure où des poursuites judiciaires seraient probablement introduites, soit spontanément par le ministère public, soit par des parents mortifiés par la perte de leur progéniture.

Mais, et indépendamment de tout ce contexte émotionnel, il est important, voire nécessaire, de garder toute sa lucidité pour pouvoir à la fois détecter les véritables causes de cette hécatombe et la façon de lui faire face. Ces causes nous semblent de deux ordres : le premier se rapportant à la gestion des affaires publiques et aux orientations globales, et le second est lié au secteur de la Santé.

Sur un plan global, celui des grandes orientations des pouvoirs publics relatif au service public, la politique de désengagement de l’Etat ne cesse d’évoluer, voire s’accélère sous l’influence des institutions financières internationales. La baisse des dépenses sociales se poursuit et touche de plein fouet des services publics fondamentaux, comme l’enseignement à tous les niveaux (primaire, secondaire et supérieur), les transports avec la mort lente des transports publics et ce qui nous préoccupe aujourd’hui, la Santé publique.

Malgré les signes apparents et réels de la décrépitude des services publics et de leur dégradation continue, et les signaux d’alarme émis par les observateurs, les citoyens ou l’UGTT, les gouvernements qui se sont succédé n’ont semblé guère s’en offusquer, privilégiant une politique politicienne, instrumentalisée et tournée quasiexclusivement à des fins électorales au lieu de politiques publiques claires, avec une stratégie et des orientations visant l’amélioration de leurs prestations.

La Santé publique n’échappe pas à cette descente aux enfers. Sur ce plan, il faut être limpide. Les ministres islamistes (Abdellatif Mekki et Imed Hammami) qui avaient pris les rênes de ce département n’avaient pratiquement qu’une seule préoccupation, unique, celle de placer leurs partisans, souvent peu ou pas du tout qualifiés, dans des fonctions clés, soit au niveau central, soit au niveau régional, où certains ont bénéficié de deux « promotions » en moins d’une année.

Alors que le départ de centaines de spécialistes, le délabrement de l’infrastructure, le manque de personnel dans toutes les institutions hospitalières, la pénurie, voire l’absence de médicaments ou l’insuffisance des équipements n’ont guère suscité leur intérêt. Cela pour dire que le personnel médical ou paramédical, malgré ses efforts et son dévouement, est souvent dépassé par les événements.

Ensuite, il s’agit aussi de comprendre que nous sommes en présence d’une question fondamentale liée à la qualité des soins, laquelle touche plusieurs aspects allant de la prise en charge des patients jusqu’à leur rétablissement ou les soins qui leur sont dispensés, en passant par l’hygiène qui est l’un des éléments fondamentaux pour la protection de la vie des patients.

Le ministère de la Santé a lancé, depuis peu, une opération de formation dans le domaine de la qualité des soins mais l’Etat s’engagera-t-il réellement pour la concrétisation de cet objectif ? Dans ce cadre, il convient de préciser que les infections qui se développent en milieu hospitalier nécessitent une grande vigilance et une action quotidienne par des spécialistes ayant reçu une formation spécifique dans ce domaine qui demeure, partout et dans le monde entier, un véritable souci tant son traitement est délicat et ses conséquences graves.

Or, quand l’Etat n’engage pas les moyens nécessaires, humains et matériels, et quand on place d’illustres inconnus à des fonctions qu’ils ne peuvent assumer, relever ce défi de la qualité des soins dans les établissements publics de santé restera une illusion de l’esprit. Comme les illusions perdues d’un peuple ballotté entre de faux modernistes et des Islamistes rétrogrades dont la seule obsession reste l’accession au pouvoir.

Lotfi LARGUET
Tunis-Hebdo du 11/03/2019

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