Quatre mariages et un enterrement

Quatre mariages et un enterrement

Par - Tunis-Hebdo
Attention messieurs ! Epouser quatre femmes, revient à avoir quatre belles-mères
La semaine dernière, des dizaines de Tunisiennes ont manifesté devant le siège de l’ARP au Bardo pour la réhabilitation de la polygamie en Tunisie. Un mouvement populaire assez prévisible puisqu’il vient réconforter l’idée que le Tunisien est en panne, depuis belle lurette, de repères identitaires. Un retour vers les saintes écritures constituerait, ainsi, une issue au marasme social qui le ronge. A moins qu’il s’agit-là, encore, d’une simple histoire de bas-ventre.

Après la querelle au sujet de l’égalité dans l’héritage sur fond de litanies pompeuses et hors de propos, le droit à la polygamie s’inscrit au menu du jour. Un éventuel retour en arrière qui ferait sursauter Bourguiba dans sa tombe et effacerait d’un trait l’image éloquente de notre Tunisie progressiste.

L’Islam à toutes les sauces

Ça se voile et ça se dévoile. Les barbes poussent, les mosquées sont bondées et les gens prient en pleine rue pour bien montrer qu’ils sont les dignes suiveurs de la parole du Tout-Puissant. Que d’hypocrisie et que d’esprits constipés. Des esprits, par ailleurs, dépourvus du moindre principe moral, d’éducation civique et de pensée critique. On y trouve quelques versets coraniques en guise d’outils argumentaires et deux ou trois clichés pornographiques pour assouvir les fantasmes interdits.

Alors que le coût de la vie pulvérise, chaque jour, son propre record et que le mariage est devenu à lui seul un gouffre financier, des dizaines de femmes ont clamé haut et fort qu’elles acceptent de partager leur mari si quelqu’un daigne les épouser. J’ignore ce que je devrais éprouver lorsque le sentiment le plus noble, a savoir la fidélité, n’a plus sa place dans notre société. Comment peut-on envisager de partager son conjoint avec une autre ?

Ces femmes sont-elles si désespérées à l’idée de finir seules qu’elles se contenteraient volontiers d’un quart d’époux ? Est-ce leur situation financière et celle de leur famille qui les oblige à changer de sponsor au plus vite ? Ou bien leur libido a-t-elle évolué au point qu’elles ne peuvent plus la contrôler ?

Tant de questions et d’hypothèses qui ne peuvent être traitées qu’au cas par cas. Loin de moi l’idée de généraliser les raisons du désir polygame de chacune.

Bien que le sempiternel argument coranique est en première ligne pour légitimer ce droit, il va de soi que personne n’y croit. Car dans ce pays, et plus précisément, depuis la Révolution, on évoque toujours le Seigneur pour arriver à ses fins.

En quête d’identité

C’est un constat sans appel : le Tunisien ne sait plus qui il est. On ne parle sans arrêt que de cette chute vertigineuse du dinar face aux devises étrangères, de la baisse du pouvoir d’achat et de ces grèves de la fonction publique qui paralysent le pays, sans pour autant apporter une quelconque amélioration.

Mais là où le bât blesse, c’est que personne ne semble s’intéresser au véritable problème de ce pays. Un problème qui trouve, en partie, son origine dans les 23 ans de règne sans partage de Ben Ali et dans la dualité entre la religion et la laïcité que ni les Beys, ni Bourguiba et ses ministres n’ont réussi à faire cohabiter.

Voilà pourquoi on assiste depuis 2011, à une islamisation bâclée de nos classes populaires. Ces dernières se soumettent facilement au diktat religieux puisqu’elles ne possèdent que rarement le niveau d’éducation requis pour lui faire face. Un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur au sein de la haute société.

Cette volonté de rétablir la polygamie n’est donc qu’une tentative pour redorer le blason de son identité arabo-musulmane. Tiraillé entre la France, les traditions arabes, la culture amazigh, la démocratie à l’occidentale, les interdits de l’Islam et les coutumes régionales, le Tunisien ne sait plus à quel saint se vouer. Certains vénèrent le club de foot de leur quartier, d’autres enfilent un hijab ou un qamis pour espérer recevoir les faveurs d’un Dieu « si longtemps ignoré ».

Si certains hommes sont sur le point d’exploser dans leur pantalon à l’idée que la polygamie sera peut-être légalisée un jour, rappelez-vous messieurs qu’entretenir une seule famille de nos jours coûte les yeux de la tête. Envisager d’entretenir quatre vous coûtera ce qui vous reste d’organes.

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 28/01/2019

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