Pourquoi les banques ne sont-elles pas concernées par la crise ?

Pourquoi les banques ne sont-elles pas concernées par la crise ?

Par - Tunis-Hebdo

Le secteur bancaire a clôturé l’année 2017 avec une évolution de 18% de son produit net bancaire (PNB) pour se situer à 3,686 milliards de dinars, contre 3,121 MD une année auparavant.

Alors que tous les secteurs économiques ont vu leurs activités, sinon régresser, du moins ralentir par l’effet de la crise, les banques ont affiché des résultats probants.

Comment cette progression s’est-elle réalisée ?

D’après le rapport annuel 2017 du Conseil du marché financier (CMF), la progression réalisée par les banques au niveau de leur Produit Net Bancaire provient, essentiellement, de la marge sur commission (+12%), de la marge d’intérêt (+16%) et surtout des revenus de portefeuille-titres (+28%).

Les deux composantes principales du Produit Net Bancaire (PNB) étant la marge d’intermédiation et les commissions, il faut souligner, à ce niveau, que les banques tunisiennes, qu’elles soient commerciales, d’investissements ou d’affaires ne vont pas avec le dos de la cuillère avec leurs clients quand il s’agit de leur prélever des commissions sur les diverses opérations réalisées pour eux.

Et c’est de là que provient le gros du PNB des banques. Le nombre croissant de commissions prélevées sur les services rendus et les tarifs pratiqués permettent, en effet, aux banques de s’enrichir plus aisément.

Il faut souligner que tous les services rendus aux clients sont quasiment tous facturés. Mais l’accroissement du nombre de commissions et leurs montants n’est pas sans constituer un risque réel pour l’économie. Car si les banques réalisent des bénéfices exorbitants à travers ces commissions, l’argent prélevé réduit la marge de manœuvre de leurs clients et leurs opportunités d’investissement.

Le même raisonnement s’applique pour la marge d’intérêt. En effet, la différence entre le taux d’intérêt auquel prête une banque et le taux d’intérêt auquel elle se refinance sur les différents marchés de capitaux peut atteindre jusqu’à quatre, voire cinq points de pourcentage, ce qui constitue un fardeau pour les clients des banques, ménages soient-ils ou entreprises…

Les banques cotées ont la cote !

Les capitaux propres des banques cotées, lit-on dans le rapport annuel 2017 du CMF, ont passé de 5,778 milliards de dinars au 31 décembre 2016 à 6,341 MD au 31 décembre 2017, soit une augmentation de l’ordre de 10%.

Cette progression émane notamment de l’augmentation de capital réalisée par une banque publique au cours de l’exercice 2017. De plus, quatre banques de la place ont choisi de ne pas distribuer des dividendes au titre de l’exercice 2016 et d’autres ont maintenu un taux de distribution de leurs bénéfices inférieur à 50%.

Par ailleurs, l’activité des douze banques cotées en Bourse a connu durant les neuf premiers mois de 2018, une amélioration comme l’atteste l’évolution positive de l’ensemble des indicateurs d’exploitation, principalement la hausse du PNB de 18,21%.

Par rapport au portefeuille-titres des banques, qui est, rappelons-le, une composante essentielle de leur PNB, il est passé de 12,019 milliards de dinars au 30 septembre 2017 à 13,194 MD au 30 septembre 2018. L’évolution moyenne de cette rubrique durant les neuf premiers mois des années 2016-2017-2018 s’est située à 1,029 milliard de dinars, soit une évolution moyenne de 8,86%.

Cet accroissement est dû à la progression du placement à long terme de 2,449 milliards de dinars, le placement à court terme s’est replié en revanche de 28,66%.

A bien des égards, l’évolution positive des principaux indicateurs de performance des banques est un signe qui ne trompe pas. En effet, quand les banques se portent bien financièrement, cela se manifeste à travers leur encours à l’économie qui doit, normalement, booster la demande intérieure à travers la consommation et l’investissement, et par conséquent la croissance.

Mais dans notre pays, comme tout va de travers, cette théorie ne saurait se traduire dans la pratique. La seule devise des banques est désormais : les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent. Dites merci à votre banquier !

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 31/12/2018

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