Lettre à la jeunesse : C’est pas tous les jours qu’on a trente ans !

Photo de Jellel Gastelli

Parfois, les évidences sont trompeuses et la maturité de l’âge peut vous installer dans le flou. Car, on peut se tromper toute une vie, passer son temps à prendre des vessies pour des lanternes, rester otages d’idéologies ou de savoirs falsifiés.

A l’opposé, on peut, sa vie durant, cultiver les apprentissages, apprendre de ses erreurs de jeunesse, persévérer dans l’ardeur et ne jamais se perdre de vue soi-même.

Dans ce cas, les chemins sont bien plus ardus et l’on peut facilement se retrouver dans la peau d’un Sisyphe toujours précaire, en équilibre vacillant, au sommet de l’Olympe puis au fond du tonneau de Diogène, afin de refaire de nouveau le même cheminement ou presque.

La seule satisfaction dans ce cas, c’est que, tout en ne se baignant jamais deux fois dans la même rivière, on ne finit jamais d’apprendre et découvrir de nouveaux horizons.

J’ai pour ma part à l’âge qui est le mien – soixante ans jour pour jour -, la grande joie de continuer à être entouré de jeunes et vibrer de cet enthousiasme qui forge les âmes vaillantes.

Il faut le dire: c’est avec un bonheur intact et toujours renouvelé que je retrouve mes amis bien plus jeunes, vibrant pour des lendemains lumineux et luttant au jour le jour.

A vrai dire, il ne s’agit pas pour moi d’un bain de jouvence que je rechercherais mais bien d’un partage de tous les instants.

Avec le temps, on accumule de l’expérience et il est essentiel de savoir la transmettre, de savoir chercher, trouver et partager racines communes et projets d’avenir.

A ce titre, les plus jeunes doivent aussi apprendre à partager même si nous vivons dans un monde installé dans l’acharnement matérialiste.

Cette valeur de partage nous fonde dans notre individualité et aussi dans notre être dans le monde.

Je connais des centaines de jeunes et autant de gérontes qui ne se rencontrent jamais, qui n’ont pas le temps ou le désir d’échanger. Il me semble qu’ils ont tort de se replier sans se rencontrer ne serait-ce que ponctuellement.

Ces quelques mots, je voulais vous les écrire au seuil de mes soixante ans. Pour vous dire que ce qui importe, c’est croire en la réalité de ses rêves parce que vos rêves sont des réalités qui vous accompagnent toute une vie.

Je désire aussi souligner une constante qu’il faut savoir envisager et mettre en mouvement: être peu nombreux n’est jamais une tare quand les liens sont solides et les actes durables.

Il faut en effet apprendre à être des femmes et des hommes de conviction pour passer les gués et mesurer la relativité d’une opinion par rapport à un credo.

Beaucoup d’autres choses à dire. Que je continue à écouter les aînés avec attention car j’ai beaucoup d’amis qui ont plus de 80 ans. Que je continue aussi à m’imbiber et m’enrichir des projets de celles et ceux qui, bien plus jeunes que moi, me font l’amitié de m’associer à leurs rêves.

Ceci dit, je me suis toujours méfié de l’enthousiasme lorsqu’il est seul et solitaire. Je lui préfère de loin une dialectique permanente avec le souffle qui est toujours plus profond.

Qu’ajouter? Certaines chroniques sont plus difficiles à écrire que d’autres. Surtout lorsqu’elles ouvrent vers des horizons inconnus et des apprentissages nouveaux.

Celle d’aujourd’hui porte peut-être des tonalités plus personnelles. Elle est en tous cas un message d’espoir et une supplique pour que les relais entre générations soient aussi l’une de nos priorités communes.

Je le répète encore une fois: toutes ces années, l’image de Michel-Ange prononçant son fameux « Ancora Imparo » à l’âge de plus de 80 ans, m’a toujours accompagné. Cette devise signifie « Je continue à apprendre » et cela veut tout dire.

Dès la naissance, comme le disait Epicure, nous sommes tous des morts en sursis. Toutefois, il faut apprendre à faire le pari du Gai Savoir contre le désespoir de Kierkegaard.

Les raisons de vivre, travailler et espérer sont à chaque coin de rue, dans le sourire d’un enfant, la beauté d’une passante, la profondeur d’un livre, l’espoir d’un étudiant ou la détresse d’un mendiant.

Il ne faut pas perdre cette lucidité de chaque instant, ces tesselles solidaires qui sont autant de fragments de la mosaïque de nos vies.

Et surtout, il ne faut jamais cesser d’apprendre. Apprendre, toujours apprendre. Jusqu’au dernier souffle de vie…

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