Le chômage des diplômés du supérieur touche deux fois plus les filles que les garçons !

Bien que les femmes représentent 50,2% de la population en âge d’activité, seulement 28,2% d’entre elles font partie de la population active, d’après le Rapport national genre Tunisie 2015.

Pourquoi un tel déséquilibre du genre sur le marché de l’emploi malgré un meilleur pourcentage de réussite chez les filles dans les études supérieures ? Selon les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique (INS), le taux de chômage pour le troisième trimestre de 2018 est estimé à 15,5%, en hausse de 0,2% par rapport à la même période l’an passé.

Toutefois, le chômage en Tunisie est deux fois plus important chez les femmes que chez les hommes et ce malgré le fait que 67,01% des diplômés du secteur public de l’enseignement supérieur en 2015 sont des filles. L’INS précise également que le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur au premier trimestre de 2018 est de 38,7% pour les filles contre 18% pour les garçons.

En d’autres termes, les Tunisiennes étudient plus, réussissent le mieux mais sont mises sur la touche lorsqu’il s’agit de trouver un emploi. Les entreprises et les patrons préfèrent, en effet, engager un homme car il demeure, dans l’inconscient collectif des populations arabo-musulmanes, un symbole fort d’assurance et de sérieux.

Or le succès et l’efficacité des femmes dans tous les secteurs de l’emploi, qu’ils soient manuels ou intellectuels, n’est plus à prouver. Il n’empêche qu’au deuxième trimestre de 2018, 22,7% des chômeurs sont des femmes contre 12,5% pour les hommes, soit pratiquement le double, qu’ils soient diplômés ou non.

Ces chiffres publiés par l’INS donnent une image peu flatteuse du monde du travail en Tunisie et de l’incapacité de l’Etat et des organisations syndicales à résorber cette discrimination du genre. A quoi bon former des femmes si c’est pour les priver d’un job sous prétexte qu’elles peuvent tomber enceintes, qu’elles sont trop diplômées, ou tout bêtement parce qu’elles sont «du sexe faible» ?

Sans compter que lorsque l’une d’entre elles a la chance de décrocher un boulot dans une boite quelconque, son salaire est pratiquement deux fois plus faible que celui d’un homme travaillant au même poste.

Une étude menée par l’INS en 2012, précise que l’écart de salaire entre femmes et hommes pour le secteur des services s’est creusé davantage pour atteindre -40,4% en 2012 contre -25,8% en 1997. C’est aussi le cas pour le secteur du commerce, réparations automobile et articles domestiques avec un écart de -30,7% en 2012 et -24,7% en 1997. Pour l’industrie, l’écart de salaire entre femmes et hommes est resté stable après avoir atteint son maximum en 2002 (-49,3%).

Mohamed Habib LADJIMI
Tunis-Hebdo du 10/12/2018

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