La violence scolaire a encore de beaux jours devant elle !

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna, professeur de français
[ L’irruption de la violence dans l’univers scolaire postrévolutionnaire est le résultat de l’action conjuguée du libéralisme moral cher à la Gauche et du libéralisme économique cher à la Droite… ]

Le libéralisme économique est l’expression de l’individualisme moderne. Loin d’être le contraire de l’individualisme moral, il en est le complément. Mieux même : la condition. C’est ce qui rend souvent dérisoires les affrontements entre la Gauche et la Droite : tout en s’en défendant, ils plaident pour la même société.

La Gauche feint d’ignorer que son libéralisme moral suppose une société de la libre entreprise ; la Droite fait mine de ne pas savoir que son libéralisme économique entraîne la ruine de la morale traditionnelle.

Car l’une et l’autre attitude impliquent la substitution des rapports de force aux rapports de droit. De plus en plus ouverte sur une société qui fait de la concurrence et de la réussite individuelle la mesure de toute chose, l’école est désormais radicalement incapable d’enseigner une morale qui prêche le contraire : respect d’autrui, solidarité, abnégation.

Si donc « le rétablissement de l’autorité du maître » (1) est une fumisterie, le « retour à l’enseignement de la morale » (2) est une imposture.

Voilà où nous en sommes. Il y a deux moyens d’obtenir d’un individu ou d’un groupe qu’il fasse, sur votre injonction, ce qu’il ne ferait pas naturellement : par exemple travailler ou étudier. Ces moyens sont l’autorité et la ruse.

Quant à l’autorité du maître, elle ne fonctionne plus guère et fonctionnera de moins en moins à l’avenir. Aussi longtemps que l’école était une institution spécialisée dans la transmission du savoir, elle fonctionnait selon le principe d’autorité.

Le maître était investi de cette autorité. Dès lors qu’on passe au principe démocratique, l’autorité disparaît ; le maître devient minoritaire. Dans une classe de 25 élèves, il ne dispose plus théoriquement que de 4% de pouvoir.

C’est pourquoi ceux qui vous disent qu’il faut faire de l’école un espace démocratique tout en restaurant l’autorité du maître sont de joyeux farceurs. Ce sont là deux principes défendables. Le malheur est qu’ils sont incompatibles.

Reste la ruse. En matière d’enseignement, elle s’appelle la pédagogie. Certes, toute pédagogie n’est pas inutile, mais soyons conscients du rôle de dresseur de puces qu’on lui fait désormais jouer.

Force nous est de constater que « la violence a désormais envahi l’univers scolaire » (3) : bagarres entre les élèves, traditionnelles mais aggravées. Violences des élèves, des grands frères ou des parents sur les profs. Pressions de toutes sortes sur ceux-ci en tant que notateurs. Dans un univers démocratique, il est normal que la note, de scientifique qu’elle était naguère, soit devenue « politique ».

Une chose est sûre : la violence scolaire va persister et, à moins de phénomènes imprévisibles, s’aggraver.

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  1. Cette belle formule est maintes fois rabâchée par les responsables syndicaux de l’enseignement.
  2. Voir article de presse (« Enseigner en Tunisie n’est plus un métier noble selon un spécialiste ») dans Al Huffington Post Tunisie du 6 octobre 2016.
  3. Voir article de presse (« Tunisie : La violence en milieu scolaire a connu une augmentation inquiétante ») dans Webdo.tn du 22 novembre 2017.

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