La politique, comme dans un match de foot !

Alors que notre championnat pseudo-professionnel se morfond dans la médiocrité la plus totale, l’actualité politique vient, heureusement pour les spectateurs sportifs que nous sommes, nous proposer une compensation superbe, avec des matches passionnants, et qui ne manquent pas parfois d’être houleux, au grand bonheur des amateurs des sensations fortes et des empoignades chaudes, à la limite de l’esprit sportif.

Dans cette joute politico-footballistique, il n’y a que de grandes affiches, puisque tout se joue en sommet, avec la participation du président de la République, du président du gouvernement et des deux plus grands partis du pays, à savoir la Nahdha et Nidaa Tounes.

Le derby de la capitale, puisque tout championnat a son grand derby, tient la tête de l’affiche et se joue entre les deux leaders de l’Exécutif qui, comme par hasard, se trouvent être l’un espérantiste (El Béji) et l’autre clubiste (Chahed). Mais, bien sûr, cela n’a rien à voir avec leur match politique, qui se joue en plusieurs mi-temps, en attendant les prolongations et, peut-être, la fatale épreuve des tirs au but.

Dans ce match-feuilleton, c’est Youssef Chahed qui a ouvert la marque, de la façon que nous connaissez : un tir-surprise des trente mètres, alors que le gardien de but adverse était hors de la cage (BCE en déplacement à l’étranger). Malgré la riposte de ce dernier, qui contre-attaque, à travers la presse notamment, Youssef Chahed doubla la marque, en s’alliant à la Nahdha, devenue la pire ennemie d’El Béji.

Celui-ci remonta à l’attaque et parvint à réduire l’écart, s’aidant d’une affaire de complot présumé dans lequel son adversaire du derby, aurait trempé. Mais le but n’a pas encore été validé, et il faudra attendre que le «VAR» (entendez la justice militaire) dise son dernier mot pour en avoir le cœur net.

En attendant, Béji Caïd Essebsi joue sur un autre front. Son match contre la Nahdha, le «classico» en quelque sorte, n’est pas moins disputé que le derby. Encore une fois, BCE est mené au score, sur un but travaillé par l’adversaire à partir du milieu du terrain : Ennahdha laissait tomber El Béji, au profit de son adversaire du derby, Youssef Chahed.

L’égalisation de BCE ne tarda pas à venir, à travers un coup-franc direct dans la lucarne. Il s’agit, comme vous l’avez compris, de l’ouverture du dossier de la présumée «organisation secrète de la Nahdha». On joue, actuellement, les prolongations, et personne ne sait en faveur de qui penchera la balance.

Au même moment, on assiste à d’autres matches au sommet, mais de moindre marque Ennahdha-Youssef Chahed, Ennidaa-La Nahdha. Cependant, le public préfère de loin le derby et le «classico» où sont présents tous les ingrédients d’un grand choc : l’engagement physique (qui va jusqu’aux coups bas), la ruse tactique d’entraîneurs vieux renards et jeunes loups, un moral gonflé à bloc (par l’importance de l’enjeu) et un public chauffé à blanc (par des «journalistes» et des facebookers à la solde des équipes en confrontation). Les pronostics vont bon train, mais on estime généralement qu’il est trop tôt pour avancer les noms des vainqueurs.

Mais quid des autres participants à ce spectacle politico-sportif ? Comme dans notre championnat national, en dehors des «quatre grands», comme on les appelle d’habitude, tout le reste c’est tout simplement de l’accessoire, c’est-à-dire des protagonistes qui jouent, certes, mais ne ramassent pas assez de points pour jouer les premiers rôles ou aspirer à un titre. Mais attention !

Ils peuvent quand même fausser tout le championnat, en «vendant» des matches, au vu et au su de tout le monde, ou en réalisant des victoires-surprises contre certains favoris au bénéfice d’autres. Il s’agit, comme vous l’avez bien compris, de tous ces partis et groupes parlementaires du «milieu du tableau», comme l’on dit dans le jargon du football, qui naviguent entre deux eaux, sinon plus, et finissent quand même par influer sur la situation en haut du classement. La preuve : la Nahdha a supplanté Nidaa Tounes à la première place au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Chose impossible dans le championnat de la LNFP (Ligue nationale de football professionnel), mais que l’on voit parfois au niveau des petits clubs. Nous allons visiblement vers une fusion de ces partis en une formation politique, laquelle fusionnera avec Youssef Chahed pour former un méga-club qui donnera au championnat politique national un tout autre visage.

En attendant, le public se distrait bien de ses malheurs quotidiens en suivant le championnat dans sa formule actuelle. Et l’on pense généralement qu’il est temps de faire intégrer cette compétition nationale dans la grille du Promosport !

Adel LAHMAR
Tunis-Hebdo du 03/12/2018

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