Tunisie : Un « dégagisme » nouveau est en train de naître

Que ce soit en Tunisie ou dans le monde, le fossé entre les électeurs et les élus ne cesse de s’élargir.

De plus, les moules des partis politiques deviennent de plus en plus désuets et vides de sens.

Un parti comme Nidaa Tounes a par exemple constitué un puissant front électoral opposé à Ennahdha avant de rentrer dans les rangs.

En fait, ce parti a mené à bien sa mission et peu importe aujourd’hui ce qu’il en reste et comment il est géré.

Les reconfigurations sont à ce titre incessantes et conditionnées par les soubresauts de la scène politique.

Nidaa Tounes reviendra en 2019, certainement sous une autre forme et avec un autre nom. En Tunisie, tant que le camp moderniste ne trouvera pas le canal adéquat pour son expression politique, il existera des mouvements comme Nidaa Tounes qui, au fond, sont un sursaut citoyen face à la mainmise islamiste.

De plus, le paysage politique vit un moment de régénération dans la mesure où une triple tension est visible à l’heure actuelle.

D’abord, une tension entre générations avec les caciques d’hier qui s’en vont l’un après l’autre et pourraient être balayés en 2019.

Plusieurs anciens destouriens, la plupart des leaders islamistes et aussi les anciens opposants à Ben Ali sont présents sur la scène politique depuis près de 40 ans pour les plus « jeunes ». Pour ceux là, il est temps que sonne l’heure de la retraite.

La seconde tension remarquable oppose les élites nées de la période post-révolutionnaire, à l’ombre de l’ANC et de la Troika, et les nouvelles élites montantes, qu’elles aient été révélées par la société civile, le militantisme de base ou les récentes élections municipales.

Les prochains mois nous montreront que les notables de la révolution de 2011 devront céder leur place à plus jeune et compétent qu’eux. Surtout celles et ceux qui ont pu changer de couleur de parti à plusieurs reprises.

Enfin, la troisième tension concerne les partis politiques face à la société civile qui les interpelle de plus en plus fort. Certains partis idéologiques ont ainsi tout intérêt à revoir leurs fondamentaux alors que d’autres n’ont de parti qu le nom et la patente.

Demain, de plus en plus, l’image désastreuse des politiciens sans conviction qui ont ruiné la relation des citoyens avec les institutions va les effacer de la carte.

Demain, ce sont des porteurs de projets véritables et de dessein historique de progrès qui seront aux commandes du pays, lorsque les partis qui se sont emparés de la transition rendront des comptes.

Le consensus d’hier et son avatar d’aujourd’hui ont fait perdre un temps précieux à la Tunisie, prise en otage par des lectures anachroniques du monde tel qu’il est et dominé par des politiciens connivents et leur clientèle.

La transition démocratique est plus que jamais à la croisée des chemins. L’actuelle agitation politicienne nous le révèle et la montée des novateurs de tous bords est en passe de le confirmer.

Un « dégagisme » nouveau est en train de naître. Il s’exprimera par les urnes et les mobilisations citoyennes. Il montrera aux caciques qui se voient éternels la porte de sortie et réduira la vie politique des caciques qui, finalement, n’ont rien apporté de nouveau depuis huit ans.

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