A qui Chahed va-t-il céder, Lagarde ou Taboubi ?

A qui Chahed va-t-il céder, Lagarde ou Taboubi ?

Par - Tunis-Hebdo

Le Chef du gouvernement est pris en tenaille entre les revendications de l’UGTT et les recommandations du FMI. Devant quelle partie va-t-il courber l’échine ?

Youssef Chahed est sur le qui-vive. A peine est-il sorti de l’imbroglio juridico-constitutionnel dans lequel il s’est embourbé après l’annonce du remaniement ministériel qu’il se trouve confronté à un problème, d’une tout autre ampleur cette fois-ci. Il s’agit des négociations salariales dans la fonction publique, une question qu’il a laissé traîner en longueur avant qu’il ne se résolve à en débattre, vendredi, dans un premier entretien avec le SG de l’UGTT, à contre gré sommes-nous tentés de dire.

Les recommandations du FMI !

Interpellé la veille par le discours menaçant de Noureddine Taboubi qui a « promis » de faire entrer le pays dans le chaos au cas où le gouvernement ne s’assoit pas sur la table des négociations avec le sérieux qu’exige le contexte social catastrophique du pays, Youssef Chahed s’est, manifestement, ravisé. En homme politique avisé, il s’est rendu à l’évidence qu’il est inutile d’entrer dans un conflit avec la Centrale syndicale duquel il sortira le GRAND perdant.

Reste à savoir jusqu’où le Chef du gouvernement va-t-il descendre dans l’échelle des concessions avec l’UGTT surtout que ses mains ne sont pas totalement libres, en rapport avec le FMI. Celle-ci, par la voie de Jihad Azzouz, directeur régional du Moyen-Orient et de l’Asie du FMI, avait formulé, en cours de semaine, une menace, à peine voilée, à la partie tunisienne lui signifiant qu’ « Il est très important que le gouvernement garde le contrôle des dépenses actuelles et de la masse salariale.

Cela leur permettra d’atteindre les objectifs budgétaires qu’ils se sont fixés pour 2019, tout en réduisant les pressions supplémentaires que l’augmentation des dépenses exercera sur les contribuables. »

La déclaration du responsable du FMI sonne comme une mise au point à l’accord conclu en octobre, entre le gouvernement et l’UGTT relatif aux augmentations salariales dans le secteur public. Le Fonds n’a, semble-t-il, pas apprécié ce « dépassement de fonction » de la part de Youssef Chahed, en ce sens qu’il n’a pas respecté ses engagements par rapport aux restrictions budgétaires dont il a promis la rigueur dans la gestion. Et le FMI le lui a fait comprendre.

Le FMI insiste que la masse salariale des fonctionnaires tunisiens en pourcentage du PIB est parmi les plus élevées au monde.

Selon le projet de loi de finances (PLF) pour l’exercice 2019, la masse salariale dans la fonction publique atteindra 16.485 millions de dinars soit 14,1% du PIB contre 14% en 2018. En comparaison avec le reste des pays de la région, la masse salariale de la fonction publique représente, selon le FMI, respectivement en Algérie et au Maroc 11% et 12%. En termes de dépenses gouvernementales, les salaires du secteur public représentent 27% du budget en Algérie et 39,4% au Maroc contre un ratio de 40% en Tunisie.

Les revendications de l’UGTT

Pris en tenaille entre les revendications de l’UGTT d’un côté et les recommandations du FMI de l’autre, la question qui s’impose aujourd’hui est de savoir comment Youssef Chahed va-t-il s’y prendre pour ménager la chèvre et le chou ? Tout le monde sait, en effet, que la marge de manœuvre de Youssef Chahed avec le principal pourvoyeur de fonds de la Tunisie, à savoir le FMI, est limitée.

Il faut savoir que des 2,9 milliards de dollars que l’institution de Bretton Woods a approuvés pour la Tunisie dans le cadre du programme quadriennal de prêt, notre pays n’en a reçu à présent que 1,139 milliard de dollars après le versement de la quatrième tranche en juillet 2018 de l’ordre de 250 millions de dollars.

Autrement dit, dans le programme de prêt, le FMI devra déverser à la Tunisie dans les prochaines années près de 1,8 milliard de dollars, soit 5,2 milliards de dinars. Une somme conséquente qui reste suspendue, bien évidemment, au respect de la partie tunisienne de ses engagements.

De l’autre côté, la Centrale syndicale demeure intransigeante sur la question des négociations sociales et tout porte à croire que l’escalade est inévitable au cas où Youssef Chahed ne réponde pas, avec le sérieux requis, aux revendications des travailleurs. Noureddine Taboubi est aujourd’hui en position de force comme il ne l’a jamais été auparavant. La dégradation du pouvoir d’achat du Tunisien et la poursuite des politiques d’austérité par le gouvernement lui donnent une autorité d’action que Youssef Chahed ne peut, en aucun cas, contester.

Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 19/11/2018

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