Ahmed Tlili a-t-il été empoisonné ?

Ahmed Tlili a-t-il été empoisonné ?

Par - Tunis-Hebdo

Ahmed Tlili (1916-1967) fut un grand militant destourien doublé d’un leader syndicaliste de premier plan. Il a même été le secrétaire général de l’UGTT. Comme la plupart des Sudistes, c’était un homme fort libéral.

Il tint tête comme il se doit aux colonialistes français, organisa des unités de moudjahidines qu’il implanta dans des sites montagneux, particulièrement au sud du pays, et auxquels il procura les armes nécessaires.

Il aida, également, le FLN algérien et les combattants africains luttant pour la libération de leur pays du joug colonial. Lors de l’Indépendance et après avoir scindé l’UGTT en deux, «Si Ahmed» prit la direction de plusieurs sociétés conçues en coopératives afin de renforcer financièrement l’union syndicale dissoute arbitrairement.

L’ère de l’indépendance venue et après le départ de la France de la Tunisie, Ahmed Tlili se distingua par ses nombreuses prises de position en faveur de la démocratisation de la vie publique au sein du pays. Ceci lui a valu la désapprobation vigoureuse de Bourguiba malgré les appuis qu’il a trouvés auprès de Wassila qui approuvait, à l’époque, la justesse des initiatives de «Si Ahmed».

Mais, fortement désapprouvé par le «Combattant suprême» et craignant pour sa vie, ce grand syndicaliste préféra émigrer et mener le combat à partir, principalement, de Bruxelles où il s’exila.

Auparavant et juste après l’indépendance en 1956, il réussit à accéder aux instances syndicales internationales, dont la CISL, et joua un rôle déterminant dans la création de différents syndicats africains.

Depuis la capitale européenne, Tlili entreprit de mener son combat pour la dignité du Tunisien, d’autant plus que Bruxelles était le siège de la Communauté économique européenne (CEE) où se déroulaient maintes conférences internationales et où se rendaient d’importants hommes politiques de divers horizons, un véritable carrefour…

Les activités de Tlili deviennent insupportables pour notre «Zaïm» qui les jugeait tout à fait malvenues. A-t-il, alors, décidé de le liquider comme il l’a, auparavant, fait avec Salah Ben Youssef, son frère de combat au Néo-Destour ?

C’est là toute la question, d’autant plus que «Si Lahbib» n’a pas soufflé un seul mot à propos de l’éventuelle liquidation d’Ahmed Tlili, contrairement à celle de Salah Ben Youssef dont il a narré, dans les menus détails, les différentes péripéties de son exécution par deux malfrats dont Abdallah Ouerdani et tout cela sous la supervision du propre cousin de feu Salah Ben Youssef, en l’occurrence Zarg Layoun qui a attendu le retour des assassins à Rome.

«Si Lahbib», à l’étonnement général, ne parla nullement de «l’élimination» d’Ahmed Tlili, alors que celui-ci a expédié une longue missive au vitriol à l’invétéré «dictateur Bourguiba», mentionnant tous ses méfaits antidémocratiques aussi bien avant l’indépendance qu’après.

Est-ce que Bourguiba, en évitant de citer le cas d’Ahmed Tlili, a cherché à ne pas entrer en conflit direct avec les grandes centrales syndicales par le monde et, particulièrement, avec les intrépides ouvriers tunisiens relevant de l’UGTT que Tlili dirigea à une certaine époque ?

Toujours est-il que ce dernier, une forte tête pensante, doublé d’un grand patriote, aurait été lâchement empoisonné par petites doses dans un restaurant tunisien qu’il fréquentait assidûment à Bruxelles. Il est décédé le 25 juin 1967 à Paris où il a été transporté d’urgence pour son hospitalisation.

M’hamed BEN YOUSSEF
Tunis-Hebdo du 29/10/2018

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