Les JCC, un festival crée par des cinéphiles pour des cinéphiles

Les JCC, un festival crée par des cinéphiles pour des cinéphiles

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M.Nejib Ayed participant au panel "le rôle des festivals aujourd’hui".
M.Nejib Ayed, directeur général des JCC, participant au panel « Le rôle des festivals aujourd’hui ».

 

Dans quelques jours, débutera la 29ème édition des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC), ce festival unique au monde grâce à son public nombreux et cinéphile.

Invité fin septembre dernier, lors de la 2ème édition du Festival du Film d’El Gouna (Egypte), à participer à un panel international sur « Le rôle des festivals aujourd’hui », M.Néjib Ayed, directeur général des JCC avait déclaré :

«Les JCC est un cas particulier. Lorsque ce festival avait été crée en 1966, il n’y avait pas de cinéma tunisien, d’ailleurs à l’exception du cinéma égyptien et un tout petit peu en Irak, il n’y avait pas de cinéma arabe. A l’époque, il y avait des courts métrages, quelques longs métrages… pas plus. Nous étions en pleine guerre contre la colonisation dans la plupart des pays africains.

Ce festival a vu le jour grâce aux ciné-clubs et par des membres des ciné-clubs. C’est d’ailleurs peut-être une particularité de ce festival : son directeur fondateur et son public étaient des cinéphiles. A l’époque, la fédération des ciné-clubs tunisiens était la plus importante du monde arabe et africain : 60 ciné-clubs, environ 60 000 adhérents et un nombre impressionnant de projections.

Au fil des années, le public des JCC a été élevé et habitué à voir des films de qualité et à assister au festival. Ce qui est génial est que chaque année, on pense que la moyenne d’âge du public sera plus vieille, or chaque année, on est surpris de constater que la moyenne d’âge est toujours de 25 ans. Les jeunes représentent environ 80% du public.

La première fois que j’ai assisté aux JCC, c’était dans les années 1970. J’avais 17 ans. J’habitais une ville de l’intérieur du pays. Il y avait eu un accord entre les ciné-clubs et le festival pour que ce dernier invite quelques membres des ciné-clubs. J’avais eu la chance de faire partie de ces élus.

Dès sa naissance, ce festival a été militant. Il n’a donc pas pour unique but de projeter des films, ni n’a jamais été un festival de tapis rouge ou pour les stars.

Ce qui est le plus important est qu’il s’agit d’un festival arabe et africain. Pourtant, même si la compétition n’est ouverte qu’aux films arabes et africains, les JCC ont également une portée tricontinentale, c’est à dire qu’elles sont ouvertes aux trois continents Afrique, Asie et Amérique latine.

M.Nejib Ayed participant au panel « le rôle des festivals aujourd’hui ».
M.Nejib Ayed, directeur général des JCC, participant au panel « Le rôle des festivals aujourd’hui ».

Les JCC n’ont pas pour objectif la course aux premières projections mondiales ou même régionales, mais la satisfaction du public par des films de qualité. Bien sur, il est intéressant de programmer des films qui ont déjà été sélectionnés à Cannes, Toronto ou Berlin, mais ce n’est pas un but en soi.

En 2017, en huit jours, environ 180 films ont été projetés et 200 000 tickets vendus. Et d’après le Ministère de l’Intérieur, pendant ces huit jours, il y a eu environ 2 500 000 personnes à l’avenue Habib Bourguiba à Tunis. Lorsqu’il y a 1 000 personnes dans une salle, il y en a 1 500 à 2 000 dehors qui attendent.

Toujours en 2017, il y a eu par jour environ 60 projections. Cette année, il y en aura un peu plus. Il y avait également 8 000 sièges, en 2018 il y en aura 11 500 et malgré cela, je suis convaincu qu’il y aura toujours la même foule, que le public sera toujours aussi nombreux et que les files d’attentes seront toujours aussi longues. Ces chiffres montrent et expliquent ce que sont les JCC.

Si les JCC ont duré depuis 1966 à aujourd’hui c’est justement parce que le public est énorme. Ce qui n’existe dans aucun autre festival au monde!

Les JCC est un festival qui ne ressemble à aucun autre, il a son identité propre, ce dont nous sommes fiers.  Je pense qu’en fin de compte, un festival ne doit pas essayer d’en copier un autre. Un festival est surtout de bons films et un public. Créer également une plateforme pour les professionnels est très bien, les professionnels doivent venir, profiter du festival, se rencontrer entre eux, mais le plus important est le public.

Aux JCC, nous veillons à ce que les films en compétition officielle soient les meilleurs. Un film de qualité est un film qui s’intéresse aux préoccupations et aux problèmes des gens, en particulier les minorités. Il doit aussi être original et montrer une certaine audace dans sa façon d’aborder les sujets, qu’ils soient d’ordre politique ou social. Et je pense que le public nous soutient dans ce choix».


LOGO des JCC

Neïla Driss

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