Quand Sousse perd son âme !

L’olivier d’El Achraf aurait 2500 ans !
Sleim Ammar, un amoureux des oliviers

La Perle du Sahel, comme on l’appelle communément en raison de sa splendeur et la beauté de sa plage, dispose de plusieurs prestigieux monuments antiques qui ont défié le temps.

Ils sont toujours debout comme par exemple les Catacombes et le Ribat, la Kasbah, la Soffra, etc. Par contre, d’autres ont tout simplement disparu soit par décrépitude, comme tant de marabouts, soit par méfaits de l’homme et ses affreuses initiatives. A titre d’exemple, on peut citer le bain maure d’El Khouka à l’avenue de Paris, la rue commerçante sur le chemin de la grande mosquée de la ville.

Ce site – qui a vu défiler tant de générations pour leur hygiène – était réservé le matin pour les hommes et l’après-midi pour les femmes. On le fréquentait, aussi, lors des mariages. Eh ben ! Ce bain-maure dont les eaux provenaient d’un puits grâce à une grande gourde, tirée par une mule, a été, il y a une trentaine d’années, complètement rasé. Il a cédé, ainsi, la place à un centre commercial conséquent tout en verre illuminé par d’innombrables tubes de néon. Il était réservé à la vente des produits artisanaux destinés aux touristes.

C’est là, un crime impardonnable à mettre sur le passif du maire de la ville de l’époque. Celui-ci semble avoir rendu à un promoteur véreux ce service inadmissible.

Ironie du sort, à la même époque le « cheikh médina Tounes », plus avisé et fervent défenseur du patrimoine, a refusé, quant à lui, à un promoteur immobilier de transformer un antique bain-maure en un ensemble d’immeubles.

Quant au hammam El Bey, situé au cœur de la Médina à la sortie du souk Errebaa, il est tombé en ruine. Pourtant, ce site est, vraiment historique. Sa réputation a dépassé, depuis longtemps, les frontières de notre pays.

Je me rappelle que, quand j’étais enfant, ce hammam prestigieux faisait partie d’un complexe urbanistique spécial. En plus du bain-maure, il y a la mosquée adjacente et au dessus de tout, au premier étage, un Kouttab, une sorte d’école primaire coranique dirigée, à l’époque, par un cheikh ou « meddeb » handicapé des pieds…

Quand il y avait un important match de football, le dimanche après-midi, et que certains élèves tenaient à s’y rendre, on profitait de l’évacuation des lieux au moment du repas de midi pour réussir, toujours, à obstruer la serrure de l’extérieur avec un mélange de goudron et de petites parcelles de cailloux. Et le coup était parfaitement joué !

Hammam El Bey avait une grande réputation dans tout le Sahel. Ses eaux coulent sur du soufre. Il s’agit d’une véritable source d’eau douce que les gens s’arrachent pour la guérison des reins. Ce complexe urbanistique antique, abritant en plus du bain-maure, la mosquée et le Kouttab, a reçu à un moment donné – et j’ai assisté personnellement à la scène – une grande personnalité de la cour du monarque irakien. Il s’était déplacé spécialement en Tunisie pour se rendre en ce lieu exceptionnel. Et c’était feu Zouhaier Chelli, (natif de cette ville), diplomate à l’époque et polyglotte, qui a piloté l’illustre invité à travers la ville.

A Sousse toujours, exactement au cimetière de la ville dans la banlieue sud, il y avait implanté toute une rangée d’une douzaine de vieux oliviers longeant la clôture est.

Selon feu Sleim Ammar, le grand psychiatre, ces arbres seraient plusieurs fois centenaires, voire millénaires. Ils faisaient, par ailleurs, la fierté des intellectuels et des habitants de la région. Si Sleim se plaisait à les faire visiter à ses invités de marques aussi bien tunisiens qu’étrangers…

Malheureusement, cet important patrimoine naturel a disparu du jour au lendemain, il y a de cela une trentaine d’années. On a fini par arracher ces exceptionnels oliviers pour agrandir de quelques minuscules centimètres carrés le cimetière de la ville. C’est ce qu’on appelle un crime contre la nature et le patrimoine national !

Pourtant, au Cap Bon, exactement dans la région d’El Achraf entre El Haouaria et Kélibia, se trouve un olivier datant, selon le botaniste français F. Tandor, de deux mille, voire trois mille ans !

Les citoyens de la région le vénèrent et ne cessent de le protéger d’autant plus qu’il fournit encore une excellente huile. De plus, ses gènes ont été introduits dans plusieurs autres contrées.

C’est là, aussi, une vraie leçon pour les autorités de Sousse !

M’hamed Ben Youssef
Tunis-Hebdo du 30/07/2018

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