Affaire Salvini, ou l’art de rejeter la faute sur les Tunisiens

Les Italiens semblent convaincus, plus que jamais, que la source de leurs problèmes est au-delà de leurs frontières. Depuis la déclaration du premier ministre Matteo Salvini qui a haussé le ton et décrit explicitement la Tunisie comme « pays exportateur de condamnés », leurs médias défendent ses propos qui ont conduit à la convocation de l’ambassadeur italien en Tunisie.

Citant le Département de l’administration pénitentiaire, relevant du ministère italien de la Justice, le journal Secolo d’Italia assure que « les chiffres parlent d’eux mêmes » à ce sujet.

« La Tunisie exporte fils électriques, fusibles et criminels »

« Jusqu’au 31 mai, les détenus tunisiens se trouvant dans les prisons italiennes étaient exactement 2152 dont 13 femmes, à travers 20 régions. […] Ils représentaient 10,8% du nombre total de prisonniers étrangers en Italie (19929) », lit-on dans le journal qui ajoute que « compte tenu de la rapidité avec laquelle les Tunisiens entrent et sortent en prison, les chiffres devraient sûrement être mis à jour depuis ».

Le média poursuit en balançant d’autres chiffres : Les accusés tunisiens en attente de condamnation sont 702, les condamnés 1444, les «internés», c’est-à-dire les prisonniers soumis à des mesures de sécurité, sont 6.

Secolo d’Italia, connu pour être un journal conservateur, a estimé que la rage et la colère des Tunisiens quant aux propos de Salvini n’a pas de raisons puisqu’il n’a fait que « dire la simple vérité sur l’origine géographique des détenus étrangers en italien ». Le journal va même jusqu’à critiquer, pas très subtilement, la politique tunisienne interne en évoquant la grâce présidentielle.

« Le Président de la République Tunisienne Béji Caïd Essebsi, un ancien avocat, accorde la grâce chaque année, puis s’indigne et convoque l’ambassadeur d’Italie à Tunis », a-t-on écrit. « Mais il y a un autre aspect encore plus inquiétant dans les relations avec la Tunisie que Salvini n’a pas encore soulevé.

Et c’est la contribution que la Tunisie a involontairement donnée, en termes de combattants terroristes à Daech. […]  Dans le classement de ces djihadistes selon l’origine, la Tunisie est première, suivie par l’Arabie saoudite. Le problème est qu’il n’y a qu’un prisonnier saoudien confiné dans une prison lombarde. Alors qu’il y a 2152 prisonniers tunisiens dispersés dans les 190 prisons italiennes », ajoute le journal.

Nul ne peut nier le problème de la migration clandestine, connu en Tunisie depuis des années, qui a grimpé en flèche depuis la révolution, mais ceci ne donne en aucun cas à nos voisins italiens le droit de jeter la faute (et la responsabilité) sur les Tunisiens et uniquement les Tunisiens, sur fond du drame de Kerkennah.

Le problème nécessite une solution et une stratégie nationale, certes, à commencer par l’amélioration des conditions économiques des jeunes Tunisiens, et des conditions sécuritaires de nos frontières. Nos responsables doivent donc assumer la plus grande partie de cet échec, et non les citoyens.

Les Italiens doivent aussi savoir que les migrants clandestins tunisiens sont nombreux, mais que ce ne sont pas les seuls à occuper les prisons.

Le Maroc par exemple, est le pays le plus « représenté » dans les prisons italiennes, en terme de détenus étrangers, avec 3686 prisonniers, suivi par la Roumanie, (2568) et l’Albanie (2526).

Pourquoi donc s’attaquer uniquement aux Tunisiens, M. Salvini ?

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