Situation insupportable des enseignants universitaires bulgares à l’Institut Supérieur de Musique

Tribune | Par Raoui Mounir Maaroufi, professeur de l’enseignement supérieur – Institut Supérieur de Biotechnologie de Monastir

Monsieur Todor Petrov est un pianiste bulgare connu et reconnu, il a et depuis longtemps donné une multitude de concerts surtout en Europe mais aussi en Tunisie depuis qu’il a choisi de s’y installer en qualité d’enseignant universitaire à l’Institut Supérieur de Musique de Sousse (ISMS). Madame Adriana Grekova est mezzo-soprano de renommée, elle est également enseignante universitaire de chant lyrique à l’ISMS depuis de nombreuses années.

Ensemble, ils n’ont cessé de s’investir dans des concerts et manifestations artistiques et musicales et participé ainsi à la promotion et au foisonnement de l’art de la musique classique en Tunisie et ailleurs. Je ne vais certainement pas oublier Madame Ludmila Kaneva, de même enseignante universitaire de musique et de l’accordéon à l’ISMS, qui s’est investie à plusieurs reprises non seulement en termes de promotion de la musique classique mais également dans la fusion artistique des genres musicaux occidental et oriental à travers des manifestations diverses.

Il s’agit ici des trois artistes musiciens et en même temps enseignants universitaires en exercice actuellement que je connais le mieux. Il y en a d’autres, plusieurs autres, et auparavant, il y en avait eu davantage qui avaient contribué brillamment à la promotion de l’art musical en Tunisie, en particulier Madame Silvia Gadeva, et l’inoubliable Krassimira Vasseva, toutes deux violonistes d’exception.

Ces artistes et enseignants bulgares ont tous au départ été recrutés dans les universités tunisiennes en vertu d’un accord signé depuis 1977 entre la société bulgare Technoimpex, de réputation invérifiable, datant de la sombre époque communiste en Bulgarie, et les autorités de tutelle tunisiennes. En 2014, Technoimpex a cessé d’exister, et c’est alors qu’une seconde société du nom d’Expomed prend le relais et devient propriétaire des contrats professionnels de ces enseignants bulgares, leur faisant hâtivement en « urgence » remplir et signer de nouveaux formulaires toujours assortis de conditions de rémunération imprécises en particulier.

Il se trouve de plus que depuis le mois de janvier 2016, la société Expomed a, elle aussi, cessé d’exister, et les enseignants bulgares de se retrouver cette fois sans statut. Il est bien précisé toutefois sur les documents de travail que ces enseignants sont recrutés en qualité d’assistants contractuels alors que leurs salaires mensuels sont de 880 dinars tunisiens, pratiquement la moitié de ce que perçoivent leurs homologues tunisiens, et sans bénéficier de couverture sociale.

Ceci sachant que les bulgares sont des citoyens européens (le premier ministre bulgare assure même de janvier à juin 2018 la présidence du conseil de l’Europe) et bien qu’il y ait un accord entre la Tunisie et l’union européenne en matière d’égalité de traitement en droit du travail de tous le citoyens de l’UE. Nous imaginerions mal des enseignants français, allemands ou autres européens souffrir de telles difficultés dans les mêmes conditions de travail.

Quoi qu’il en soit, suite aux revendications répétées mais oh combien légitimes et justifiées des enseignants bulgares, une convention a fini par être signée entre le ministre des affaires sociales bulgare et son homologue tunisien le 5 octobre 2015. Cette convention a été ratifiée par le parlement bulgare le 4 avril 2016 puis par le parlement tunisien le 9 décembre 2016. Une annexe à cette convention a été en outre signée le 29 juin 2017 par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique tunisien, Monsieur Slim Khalbous, et l’ambassadrice de Bulgarie en Tunisie, Madame Slavena Gergova.

L’ensemble stipule que les enseignants bulgares doivent désormais bénéficier d’une couverture santé et sécurité sociale, ce à quoi ils n’avaient pas droit auparavant, et que leurs salaires soient alignés sur ceux de leurs homologues tunisiens, et ce à partir du 1er janvier 2017.

Bien que les règles d’application de cette convention aient déjà été signées par les ministres des affaires sociales bulgare et tunisien le 05 décembre 2017 avec effet rétroactif à partir du 1er mai 2017, le dossier concernant cette douloureuse affaire reste à ce jour prisonnier du bon vouloir du ministère des finances tunisien, auprès duquel, les enseignants bulgares, malgré leurs tentatives désespérées d’y chercher un signe du dénouement espéré de leurs difficultés, n’ont reçu à ce jour aucune réponse.

Dans l’attente de l’application d’une solution juste et urgente, mais qui n’en finit plus de se faire attendre, les enseignants bulgares se trouvent encore et toujours réduits à des conditions de vie rudimentaires et inconfortables, dans des logements tout aussi rudimentaires, au confort tout à fait relatif, absolument indignes de leurs qualifications et de leur rang d’artistes et d’enseignants universitaires qui, il faut le répéter, ont depuis de nombreuses années contribué au rayonnement de l’art de la musique classique en Tunisie et dans le monde.

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