Terrorisme : Etrangement, personne n’était Mogadiscio

Le bilan du double attentat de Mogadiscio atteint près de 300 morts | CP : AFP

 

 

Le samedi 14 octobre 2017, la capitale somalienne Mogadiscio a connu l’attentat le plus meurtrier de son histoire. Le bilan, très lourd, fait état d’au moins 300 morts et 500 blessés.

Les images du lieu du drame sont affligeantes. Des dizaines de corps déchiquetés, des bâtiments effondrés, des voitures calcinées et l’odeur de la mort qui se dégage des pixels insupportables, couleur pourpre.

Pourtant, aux lendemains de l’horreur, pas d’oraisons funèbres, pas de discours larmoyants, pas d’immenses marches contre le terrorisme qui attireraient les plus grands dirigeants du monde ou qui susciteraient une vive émotion planétaire. Aucune place dans les JT, si ce n’est une brève laconique ne dépassant pas quelques secondes. Pas de Safety Check signalé sur les réseaux sociaux.

Rien que le silence, lourd, assourdissant. Des plaies béantes, des douleurs vives, des vies écourtées, des familles amputées restées sans consolation, sans condoléances.

Les rares journalistes qui ont tenté de prétexter leur silence, ont avancé l’impossibilité sécuritaire de se rendre en Somalie, sous peine d’être assassiné ou kidnappé. Excuse irrecevable. Qu’est-ce qui les empêcherait d’appeler des témoins qui y résident, ou même de passer en revue l’histoire du pays, de faire l’autopsie du terrorisme en Somalie, de questionner le contexte local ?

Dans quel monde vivons-nous, si l’émotion, le recueillement face au sang qui gicle, est tributaire d’une couleur de peau, d’une origine ethnique, d’un pouvoir d’achat. Reproche-t-on à ceux qui ont commis l’immense tort de naître du mauvais côté du monde, de mourir hors de portée des caméras, dans des endroits inaccessibles aux larmes de leurs prochains, à l’empathie internationale.

La mort de chaque homme est une tragédie, qu’il soit né sous le soleil des villes fortunées ou dans les décombres des bidons villes en proie à la misère et à la famine.

L’ADN est le même, les organes et la couleur du sang sur le bitume et l’horreur même si le désintérêt politique et médiatique semble nous suggérer que certaines vies sont plus dérisoires que d’autres.

Aujourd’hui, je suis Mogadiscio, comme j’ai été auparavant Charlie, Paris, Madrid, Londres et ailleurs. Je suis la souffrance des mères qui ne savent plus pleurer, la douleur des veuves et des orphelins, je suis le choc, les tremblements, la stupeur et la colère face à l’abomination des sbires de la mort.

Le terrorisme n’a pas de couleur sinon celle du sang, n’a pas de religion sinon celle de la haine. Aveugle, il arrache la vie, sans distinctions aucunes, des innocents dont nous devons, pour le moins, honorer la mémoire.

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