Festival de Cannes – « In The Fade » ou les ravages du terrorisme

Festival de Cannes – « In The Fade » ou les ravages du terrorisme

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Affiche du film In The Fade
Affiche du film In The Fade

 

Festival de cannes 2017Parmi les films primés lors de cette 70ème édition du Festival de Cannes, le film allemand In The Fade (Aus Dem Nichts), du réalisateur germano-turc Fatih Akin, qui a remporté le prix de meilleure interprétation féminine pour Diane Kruger. Prix mérité pour cette actrice qui a très bien endossé le rôle de l’épouse et mère qui veut se venger des terroristes ayant tué son conjoint et son fils. Elle est arrivée à transmettre ses émotions avec force et conviction de façon à ce que le spectateur se sente dans sa peau et se mette à sa place.

Dès la première projection presse, ce film a suscité une polémique. Des journalistes avaient en effet quitté la salle en accusant le réalisateur de nazisme. D’autres lui avaient reproché une fin immorale puisque, d’après eux, conseillant la vengeance.

Synopsis :
Katja est mariée au Kurde Nuri Sekerci, avec qui elle a un fils de cinq ans. Un jour, elle dépose son fils au bureau de son mari. Lorsqu’elle revient le soir, elle trouve la route bloquée. Un policier lui dit qu’un homme et un enfant ont été tués dans l’explosion d’une bombe artisanale.

A partir de ce moment là, la vie de Katja s’effondre. S’en suivent les conséquences de cet acte barbare : dépression, deuil, haine, procès et vengeance.

Bien que ce film s’inspire d’une série d’attentats commis en Allemagne contre des personnes d’origine turque, par des membres du groupuscule néo-nazi NSU, il est d’actualité à cause de tous ces actes terroristes qui surviennent continuellement un peu partout dans le monde.

Lors de ces attentats, on parle souvent des victimes, on leur rend hommage, on commémore leur mort, mais qu’en est-il de leurs proches, qui eux, doivent surmonter leur deuil et essayer de continuer de vivre normalement?

In The Fade va essayer justement de répondre à cette question à travers l’exemple de cette épouse et mère qui va devoir faire face à cet horrible drame.

In The Fade - Le mariage de Katja et Nuri
In The Fade – Le mariage de Katja et Nuri

Le spectateur va vivre son deuil avec Katja. Deuil d’autant plus difficile qu’il doit aussi faire face aux préjugés racistes (il s’agit d’un couple mixte) et aux suspicions de la police (Nuri avait un casier judiciaire).

En plus de l’affliction causée par la perte de ces êtres chers, il y a un besoin de justice. Ceux qui restent veulent qu’on rende justice à ceux qui sont partis et que les coupables payent.

Mais la justice existe-t-elle? Arrive-t-on à l’obtenir ? Lorsque tel n’est pas le cas, que faire?

Katja va devoir faire face au procès du couple accusé d’avoir commis l’attentat dans lequel ont péri son mari et son fils. Obtiendra-t-elle justice ?

Non, les accusés sont relâchés. Non pas parce qu’ils ont été reconnus innocents, mais par application de la règle qui dit que le doute bénéficie à l’accusé. Cette règle s’applique-t-elle aux terroristes? Impuissance de la justice face à ces drames.

In the Fade - La cour de justice
In the Fade – La cour de justice

Le réalisateur a très bien su filmer toute cette partie consacrée à la justice. L’univers de la cour de justice est aseptisé. Aseptisé et froid. Sans âme. Lorsque par exemple le médecin légiste lit le rapport d’autopsie, c’est intenable, elle le lit machinalement, professionnellement. Comme aurait pu le faire un automate.

Est ce pour dire que la règle de droit ne doit en aucun cas être influencée par les émotions? Pas de places aux sentiments, juste appliquer la règle de droit, froidement, sans état d’âme? Ou à l’inverse est-ce pour montrer que la loi et ceux qui l’appliquent sont devenus comme des machines inhumaines, ce qui à la limite rend la situation encore plus intolérable ?

De même, on s’interroge sur les limites de l’État de droits lorsqu’on s’aperçoit que les droits fondamentaux sont avant tout utilisés par les bourreaux contre leurs victimes, comme le montre le rôle sordide d’un avocat des accusés.

Que faire donc pour obtenir justice?

A-t-on le droit de se faire justice soit même en cas de défaillance du système judiciaire?

Katja, dans la troisième partie du film va décider de se venger. Elle fait vivre le spectateur ses hésitations, ses réflexions… pour aboutir à la scène finale.

Pourquoi est-ce que certains journalistes ont reproché à ce film de faire l’apologie du nazisme ? Je n’ai pas compris. A aucun moment je n’ai ressenti cela. Au contraire d’ailleurs. Ce film est profondément antinazisme. En même temps, il montre que les terroristes ne sont pas toujours des extrémistes islamistes. Les musulmans sont aussi des victimes parfois. En fait, le terrorisme n’a ni religion, ni nationalité. La menace nous guette tous et nous guettera longtemps encore.

Par ailleurs, le réalisateur n’a rien voulu imposer ni juger. Il a plutôt insisté sur l’aspect humain en filmant le point de vue d’une femme meurtrie, qui est en réalité une troisième victime de l’attentat. Avec elle, Fatih Akin entraine le spectateur et lui fait ressentir la même colère et la même rage contre cette énorme injustice qui transforme cette femme et la pousse à la vengeance. On ressent sa colère, son désespoir et sa peur.

Le film est très poignant. Le sujet est fort, d’un réalisme déconcertant et surtout incite à la réflexion.

Diane Kruger remporte le prix d'interprétation féminine pour son role de Katja dans In The Fade
Diane Kruger remporte le Prix d’interprétation féminine pour son rôle de Katja dans « In The Fade ».

Neïla Driss

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