Derrière chaque grand homme se cache un livre !

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna – Professeur de français

« Les livres ne sont pas faits pour être crus, mais pour être soumis à l’examen. Devant un livre, nous ne devons pas nous demander ce qu’il dit mais ce qu’il veut dire. » (Umberto Eco, in, Le Nom de la rose, 1980)

Enseignant, je suis peiné de voir que nos élèves lisent peu et mal. Peu : beaucoup d’entre eux se contentent de lire l’œuvre au programme. Mal : cette « lecture » n’est qu’un travail scolaire tout juste bon pour alimenter un savoir.

Le schématisme de notre époque, qui aime la binarité, a tendance à ne promouvoir que deux types de lectures : elle oppose à ce que l’on pourrait appeler la « vidéo-lecture » (qui est le lot de la majorité des gens), la lecture utilitaire, informative, fonctionnelle, celle des professionnels de la lecture.

Cette partition occulte le type de lecture qui me semble fondamental et véritablement formateur : la lecture qui suscite cette joie mêlée de curiosité et d’intelligence car elle se mue en lecture de soi-même, en instrument d’auto-révélation.

La lecture nourrit là une véritable expérience spirituelle, une sorte de cheminement, d’auto-création. Elle est à la fois poétique et cathartique : elle nourrit une découverte et constitue le meilleur médiateur entre la sphère du moi et la réalité rugueuse du monde. A l’instar d’une thérapie, elle a la capacité de débloquer et de transmuer notre être-au-monde.

La lecture d’un livre qui sait nous toucher en profondeur fait interférer deux processus créateurs : celui qui anime (l’artefact qu’est l’œuvre) et celui qui concerne la vie en devenir (l’auto-création du sujet-lecteur).

Car l’homme est l’être pluridimensionnel par excellence, en perpétuelle voie d’intégration-désintégration, d’adaptation-désadaptation, de célébration et de refus du réel. La lecture joue le rôle de médiateur dans ce processus complexe d’intégration-dépassement.

Dans l’acte de lire, nous prenons nos distances par rapport au réel pour pouvoir mieux nous y intégrer. La bonne lecture n’est pas évasion, fuite, mais compréhension accrue et processus initiatique.

Tout ceux qui ont su construire leur vie et conquérir une certaine autonomie le savent : cet édifice qu’est leur vie a bénéficié de quelques pierres angulaires, ou de fondations, que représentent quelques bons livres.

Commentaires:

Commentez...