Terrorisme, la complaisance coupable !

Tribune | Par Mohamed Habib Salamouna – Professeur de français
1- Le goulag des sables

Dans ce pays, « il n’existe pas de partis politiques, d’élections, de Parlement indépendant, de syndicats, de Barreau, de magistrature indépendante ni d’organisations indépendantes de défense des droits humains.

Le gouvernement contrôle l’information sous toutes ses formes : les médias sont soumis à une censure stricte à l’intérieur du royaume, de même que l’accès à Internet et aux chaines de télévision relayées par satellite et à maintes autres formes de communication avec le monde extérieur.

Tout individu qui critique le système est sévèrement sanctionné. Des opposants politiques et religieux sont arrêtés et incarcérés sans jugement pour une durée illimitée. Le recours à la torture est très répandu. Des condamnations à mort sont prononcées et exécutées au mépris des normes d’équité les plus élémentaires… »

A quelle dictature s’appliquent ses lignes extraites d’un rapport d’Amnesty International ? A la Corée du Nord ? A la Biélorussie ? Au Zimbabwe ? Non. Ce pays de l’arbitraire, de la cruauté et de la terreur est un respectable partenaire diplomatique et commercial des Etats-Unis et de l’Europe, un client fidèle à leur industrie d’armement, un point d’appui indiscuté de la stratégie occidentale au Moyen-Orient : l’Arabie Saoudite.

Dans cette « monarchie islamique », les opposants politiques, les membres de la communauté chiite (7 à 10% de la population), les travailleurs immigrés (25% de la population) et les femmes – soumises à une législation médiévale – sont les principales victimes d’un appareil policier omniprésent et d’une justice aux ordres qui ont pour unique objectif de préserver le statu quo politique et les intérêts du gouvernement.

Pour cela, ils font un usage systématique de la torture et de la peine de mort : avec deux exécutions par semaine, l’Arabie Saoudite détient l’un des plus forts taux d’application de la peine de mort dans le monde.

2- Le docteur Frankenstein

Cependant, force est de constater que les princes saoudiens ne sont pas les seuls responsables de ces crimes. La communauté internationale, qui soutient ce régime (en raison de sa position stratégique et de ses vastes réserves pétrolières !), porte aussi sa part de responsabilité.

Au cours de l’été dernier, l’Arabie Saoudite s’est soustraite à l’obligation de rendre des comptes en faisant pression sur les Nations Unies pour que la coalition militaire qu’elle dirige au Yémen soit retirée d’une liste d’Etats et de groupes armés qui violent les droits des enfants dans le cadre des conflits armés. Elle a menacé de quitter l’ONU, de retirer son soutien financier, notamment à des projets humanitaires, et d’emmener ses proches alliés avec elle.

Les principaux alliés de l’Arabie Saoudite, parmi lesquels figurent les Etats-Unis et le Royaume-Uni, n’ont pas mis fin aux transferts d’armes destinées à être utilisées au Yémen, malgré les multiples preuves de crimes de guerre.

« Ce qui est particulièrement choquant, c’est le silence assourdissant de la communauté internationale, qui a cédé à maintes reprises à la pression de l’Arabie Saoudite et a placé les accords commerciaux avant les droits humains malgré les violations flagrantes et systématiques commises en toute impunité par ce pays », a déclaré Richard Bennett, responsable du bureau d’Amnesty International auprès de l’ONU.

Une chose est certaine, c’est que les Occidentaux jouent avec le feu (et risquent de se brûler gravement !) en pactisant avec une dictature obscurantiste qui a enfanté le djihadisme et qui continue nolens volens à le financer. Au prix de combien de millions d’innocentes victimes, l’Occident réalisera-t-il enfin que l’Arabie Saoudite et Daech sont les deux faces d’une même pièce ?

Dans un long article intitulé : « L’Arabie Saoudite, un Daech qui a réussi » et publié le 20.11.2015 dans le New York Times ; Kamel Daoud affirme, à juste titre : « Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman.

Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre.

Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh. »

Le journaliste écrit plus loin : « Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs.

On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité.

Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite. Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause.

Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste inbdustrie produisant théologiens, lois religieuses; livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives ? ».

Au vu de la situation actuelle, il semble que les partenaires occidentaux de l’Arabie Saoudite s’enlisent tous les jours un peu plus dans ses sables mouvants..

Commentaires:

Commentez...