Tunisie : Interview avec les frères Poivre d’Arvor

  • Patrick : « La presse tunisienne fait un très beau travail de fond »
  • Olivier : « On peut être fier d’être tunisien »
Tunis Hebdo | Faute de temps, il ne pouvait pas nous accorder une interview : « Il me reste deux minutes, et j’ai une conférence à donner », s’excuse-t-il. Nous le remercions et rebroussons chemin quand une voix nous arrête : « Attendez, je sens que vous la méritez ». Patrick Poivre d’Arvor avait changé d’avis.

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Journaliste et écrivain français, Patrick Poivre d’Arvor a présenté le journal de 20 heures sur Antenne 2 de 1975 à 1983 avant de passer sur TF1 de 1987 à 2008. Plus encore, PPDA, c’est 60 livres dont « Les enfants de l’aube », « Lettre à une absente », « J’ai tant rêvé de toi »…

« La liberté de la presse n’est pas un vain mot »

Nous avons profité de sa présence, donc, pour lui demander ce qu’il pense de la presse tunisienne. Il répond sur un ton calme et souriant : « La presse tunisienne fait un très beau travail de fond. Il y a un bouillonnement d’idées qui ne vont pas forcément dans le même sens et c’est très bien, car c’est comme cela que les choses bougent et progressent.

La liberté de la presse n’est pas un vain mot et j’ai connu des périodes beaucoup plus difficiles pour la Tunisie dans ce domaine. Et donc, je vous souhaite de continuer à vous exprimer et de vivre surtout car c’est bien gentil de s’exprimer mais il faut aussi que le journal puisse paraître et que la station continue d’exister.»

D’Arvor évoque notamment l’importance de préserver la liberté de la presse en Tunisie, fruit de la révolution, et ce, en respectant l’éthique à tous les niveaux du métier, aussi bien dans la rédaction que sur le terrain. « Il faut savoir dire non et à partir du moment où il y a une résistance interne, il y a un bon résultat.»

« Olivier Poivre D’arvor a toujours été profondément amoureux de la Tunisie »

En face de nous, son Excellence l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d’Avror, qui n’est autre que le frère de Patrick, assiste à l’interview.

Patrick Poivre d’Arvor, votre nom, associé à votre frère l’Ambassadeur de France, est fort pour le crédit que vous donnez à la Tunisie, c’est lui qui vous a invité ?

« Eh ben écoutez, ce n’est pas moi qui l’ai nommé, c’est le gouvernement français, mais je pense qu’il a fait un bon choix, car c’est quelqu’un qui est profondément amoureux de la Tunisie et cela ne date pas d’aujourd’hui ».

Changeons de sujet. Comment se fait-il que les jeunes en France comme en Tunisie trouvent des difficultés pour dénicher un emploi.

« C’est vrai que la situation devient de plus en plus difficile pour les jeunes tunisiens, plus que les français. Ils peinent à trouver un emploi car les horizons sont bouchés mais ils ne doivent pas perdre espoir surtout pas en Tunisie après leur révolution qui a changé le monde. La jeunesse tunisienne et française doit continuer à lire, à espérer, ne jamais baisser les bras. »

« Patrick et moi c’est un peu comme Bourguiba et son grand frère »

Juste avant la conférence, c’est au tour d’Olivier Poivre d’Arvor, Ambassadeur de France en Tunisie, de commenter la visite de son frère, le journaliste écrivain : « Nous sommes très liés, nous sommes des jumeaux malgré les dix ans d’âge qui nous séparent.

Il m’a appelé pour me dire que je lui manquais et qu’il avait acheté un billet et qu’il venait passer Noël chez moi. Cela tombait bien car les conseillers du Commerce extérieur au sein de l’Ambassade voulaient l’inviter, je viens comme vous en curieux à la conférence.»

Interrogé sur l’écriture et sur les livres qu’il a coécrits avec son frère (PPDA) à l’instar de « Le Roman de Virginie », ou encore « J’ai tant rêvé de toi », Son Excellence répond : « Tout comme mon frère, je suis insomniaque et je ne dors que 4 ou 5 heures par nuit. Je lis les livres de Patrick et j’écris avec lui ».

Entre Patrick et vous, c’est comme entre Habib Bourguiba et Mohamed Bourguiba, son frère aîné ? « Bourguiba était un homme très cultivé et je connais la relation qu’il avait avec son frère. Quand j’ai eu 20 ans, je suis parti pour vivre ma vie de diplomate et d’écrivain mais je me suis beaucoup rapproché de Patrick avec qui je cultive une relation extrêmement fusionnelle.»

Venez découvrir la Tunisie !

« La Tunisie est l’un des premiers pays que j’ai visité étant jeune et je suis revenu plusieurs fois en raison de l’accueil, la gentillesse proverbiale et la tolérance des habitants. », déclare-t-il.

Pour Poivre d’Arvor, « le rapport entre la France et la Tunisie est capital et historique et doit continuer sous des formes différentes, mais il doit y avoir beaucoup d’écoute de part et d’autre de la Méditerranée ».

PPDA avait publié à la veille de la conférence sur sa page facebook, une vidéo dans laquelle il incite les Français à venir « découvrir ou redécouvrir le bonheur de vivre » en Tunisie.

« A quelques jours de Noël, puisque ce ciel est bleu, comme il l’est presque toujours ici en Tunisie… je voudrais inciter tous mes compatriotes à venir ici, en vacances, pour se reposer ou pour découvrir. C’est l’endroit qu’il faut voir quand on traverse la Méditerranée », a-t-il dit. « Tunis ne se trouve qu’à 2 heures de Paris. Au passage, ça les aidera beaucoup les Tunisiens, donc venez et profitez de ce pays magnifique », a-t-il conclu.

Sa première interview avec Saddam Hussein

Lors de la conférence, PPDA revient sur son premier journal télévisé et sa première interview avec Saddam Hussein qui, à l’époque, a été controversée à la rédaction de France Télévision « Mais j’ai tenu à l’interviewer, à 29 ans j’étais prétentieux et présomptueux », commente-il.

A l’aise et détendu, le journaliste écrivain a raconté ses aventures en Irak, notamment le sauvetage d’un bébé rapatrié en France dans un sac. Il revient sur sa confrontation avec Saddam Hussein et n’hésite pas à pincer son frère pour « les règles de la diplomatie ».

Une ambiance décontractée et amicale régnait à la salle de conférence de l’Hôtel Résidence à Gammarth, dans la banlieue nord de Tunis où il se trouve depuis dimanche 18 décembre.

Mounira El Bouti

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