Un sport made in Tunisia

poubelleTunis Hebdo | Dans notre quartier, nous nous adonnons tous les jours à un sport très particulier et, d’ailleurs, fort passionnant. On ne lui a pas encore trouvé un nom, mais ça va venir. Ce jeu consiste à placer son sac d’ordures ménagères sur le seuil du voisin, à son insu évidemment, sinon le jeu tournerait bien vite à la bagarre.

Les pratiquants de ce jeu connaissent par cœur les trois phases qui le constituent. Il y a tout d’abord, la « phase–guet » il s’agit là d’être vigilant et de bien ouvrir les yeux pour s’assurer que la rue est vide et que le voisin visé est occupé chez lui ou en dehors de chez lui, et ne risque donc pas de se manifester.

Lorsque le terrain est propice à l’action, on passe immédiatement à la deuxième phase.
« La phase-attaque ». Muni de son sac, le joueur pique un sprint entre sa maison et celle du voisin, et, tel un rugbyman, place le « ballon » derrière la ligne fatidique. « Essai » réussi ! Malheureusement, il n’y pas de « moviola » pour nous faire savourer l’action au ralenti et mettre en valeur les techniques mises en œuvre par le joueur.

De toutes les façons, tous les pratiquants de ce sport savent que le plus grand atout en l’occurrence est la rapidité d’exécution. Quant à la précision, elle importe peu, pourvu que l’on place le « sac-ballon » plus ou moins devant la porte du voisin.

Commence alors la troisième phase, celle du repli, laquelle laisse le choix au joueur entre la même rapidité que celle de la « phase-attaque » et une lenteur calculée. Dans le deuxième cas, le joueur, s’étant débarrassé de son fardeau, peut faire semblant de se promener en toute innocence.

Le tour est ainsi joué, le plus facilement du monde, d’autant que la compétition se déroule généralement en nocturne, donc loin des yeux indiscrets.

Un seul et unique problème : on peut se trouver face à face avec un voisin qui pratique le même sport. Il faut alors improviser ou remettre l’opération à plus tard. Dans ce cas, c’est certainement la « phase-guet » qui n’a pas bien fonctionné.

En parlant de ce sport à quelques amis, je croyais les épater par une spécialité propre (enfin pas tellement) à notre quartier.

Mais je découvris, à ma grande surprise, que ce jeu a des adeptes un peu partout. Il s’agirait donc d’un sport national prisé par plusieurs de nos concitoyens. Dans ce cas, à quand l’institution d’une fédération qui gérerait ce jeu … de vilains ?

Adel LAHMAR

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