Hayet Omri : 60 ans après, la Tunisie n’a pas encore de politique claire concernant la recherche scientifique

p10-interview-hayetTunis Hebdo | Hayet Omri, députée d’Ennahdha et membre de la commission des jeunes, des affaires culturelles, de l’éducation, et de la recherche scientifique au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple, nous parle du système éducatif «défaillant» en Tunisie et du chômage qui en résulte.

Aujourd’hui, le taux de chômage des jeunes, et plus précisément celui des diplômés, est très élevé. Qu’avez-vous fait, au sein de l’ARP, pour y remédier ?

Cette question nous mène directement au dossier de l’éducation et de l’enseignement supérieur. En effet, la défaillance du système éducatif et universitaire fait en sorte que les diplômés du supérieur n’ont plus leur place dans le marché de l’emploi. Ces jeunes diplômés sont victimes de la défaillance de ce système.

« Les jeunes diplômés chômeurs
sont victimes du système éducatif défaillant ! »

Mais paradoxalement, de nombreuses sociétés peinent à trouver, de leur côté, des diplômés formés à certaines spécialités. L’inadéquation entre le système de formation et les besoins du marché de l’emploi est, donc, la principale cause de leur chômage. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est évaluer les besoins des entreprises pour proposer des formations universitaires plus en adéquation avec le marché du travail.

Oui, mais quel rôle est en train de jouer l’ARP dans tout cela ?

Celui de la législation, bien évidemment. D’ailleurs, permettez-moi de rappeler qu’une réflexion sur la réforme de l’enseignement supérieur a été lancée depuis 2011.

Personnellement, j’ai insisté à ce que cette réflexion soit basée sur une approche participative, associant, non seulement les universitaires, les entreprises, les organisations (UTICA, UGTT, l’Ordre National des Médecins de Tunisie, l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens, etc.), mais aussi -et surtout- les étudiants.

Pour l’instant, en tant que députés, nous attendons le projet alternatif, efficace et réaliste que va nous présenter le pouvoir exécutif, et plus précisément le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, pour perfectionner ce secteur.

« On n’a pas encore réalisé que la recherche scientifique
représente la clé du développent et du progrès »

Ce qui est navrant dans cette affaire -et cela mérite d’être souligné- c’est que, 60 ans après l’Indépendance, la Tunisie n’a pas encore de politique claire concernant la recherche scientifique.

D’ailleurs, le budget alloué à ce secteur, qui est moins de 0,5% du budget l’Etat, en dit long. Malheureusement, on n’a pas encore réalisé que la recherche scientifique représente la clé du développent et du progrès. C’est grâce à la recherche scientifique que des pays comme la Malaisie et Singapour ont pu réussir. Ce qui nous manque c’est juste la volonté politique.

Voulez-vous dire qu’il n’y a pas de volonté politique de la part du gouvernement Chahed, pour faire avancer les choses dans ce dossier-là ?

Non, je parlais en général. Pour ce qui est du nouveau gouvernement, j’étais très ravie de prendre contact avec le Secrétaire d’État chargé de la Recherche scientifique [NDLR : Khalil Amiri, du mouvement Ennahdha] et de voir à quel point il est conscient de l’importante de ce dossier et à quel point il est enthousiaste pour faire avancer les choses.

Mis à part la réforme du système éducatif qui peut prendre des années, avez-vous des solutions immédiates pour les jeunes diplômés chômeurs ?

Je suis pour l’ouverture d’un dialogue avec ces jeunes-là, loin des partis politiques, et ce, afin de connaître leurs attentes et écouter leurs propositions. Les faire participer à ce genre de dialogue peut absorber leur colère.

« La présence de la femme au sein d’Ennahdha
est plus importante que celle dans certains partis, dits modernistes »
Aujourd’hui, les jeunes ne s’intéressent plus à la politique. En tant que jeune vous-même, comment faites-vous pour les inciter à s’engager politiquement ?

Personnellement, et lors de mes tournées annuelles dans les 24 gouvernorats pour honorer les lauréats dans les établissements scolaires, j’essaie de leur envoyer des ondes positives et de les inciter à servir leur patrie où qu’ils soient. Car la patrie passe avant les partis.

Comment évaluez-vous la présence de la Femme au sein d’Ennahdha ?

La représentation de la femme au sein de notre parti est respectable, que ce soit au niveau du parlement, des structures ou dans les régions. D’ailleurs, Ennahdha est le seul parti qui a une coordinatrice régionale. D’après ce que je vois, la présence de la femme au sein d’Ennahdha est plus importante que celle dans certains partis, dits modernistes.

« Les dirigeants d’Ennahdha ne se sont jamais immiscés
dans le choix de mon style vestimentaire »

Vous êtes l’une des rares femmes non-voilées à évoluer au sein d’Ennadha. A-t-on essayé de faire pression sur vous pour porter le voile ?

Jamais ! C’est triste qu’on s’intéresse encore à ce genre de détails. Les dirigeants d’Ennahdha ne se sont jamais immiscés dans le choix de mon style vestimentaire. Il s’intéressent plutôt à ce que j’ai dans la tête. Et c’est pour cela que je me sens à l’aise au sein de ce Mouvement.

Enfin, est-ce que vous arrivez à concilier recherche scientifique et vie politique ?

Ce n’est pas toujours évident, mais j’essaie en tout cas. Personnellement, j’ai intégré la politique parce que celle-ci me permet de réformer et de changer les choses, surtout au niveau des secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui sont défaillants chez nous.

C’est pour cela que j’ai choisi d’être membre de la commission des jeunes, des affaires culturelles, de l’éducation, et de la recherche scientifique au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

Commentaires: