Mongi Rahoui : « Nous cautionnerons les gouvernements le jour où ils seront aux côtés du peuple »

Mongi RahouiTunis Hebdo | Quelques jours avant la tenue du premier congrès du Parti unifié des patriotes démocrates (Al Watad), prévu du du 2 au 4 septembre prochain, Mongi Rahoui, député et dirigeant au sein de ce parti, nous en dit un peu plus. Il évoque également son point de vue vis-à-vis du gouvernement Chahed.

Pourquoi votre premier congrès a-t-il pris tout ce temps pour s’organiser ?

Comme vous le savez, nous avons tenu notre congrès constitutif il y a 4 ans (en 2012). Durant ces 4 années, nous avons lutté pour les objectifs de la Révolution. Une lutte qui nous a coûté la vie de notre secrétaire général, feu Chokri Belaïd. C’est pour vous dire que ces années n’étaient pas faciles pour nous. Ceci dit, nous sommes bien décidés à continuer la lutte.

D’ailleurs, notre premier congrès, prévu du 2 au 4 septembre, s’inscrit dans ce cadre. Ça sera aussi une occasion pour nous de voter pour l’élection d’une nouvelle direction et d’un nouveau bureau politique. A noter que la participation féminine et juvénile à ce congrès dépassera les 30%.

Comment est votre relation, aujourd’hui, avec vos camarades à Al Watad et au Front populaire, après l’entrevue (polémique) que vous avez a eue avec le Chef du gouvernement désigné, Youssef Chahed, dernièrement ?

L’ambiance est toujours saine avec les camarades. Au sein d’Al Watad comme au Front, nous exposons nos points de vue en toute liberté. Il y aura sûrement d’autres étapes dans lesquelles nous ne serons pas d’accord. Cela se passe dans toutes les familles politiques.

« La participation féminine et juvénile au congrès d’Al Watad dépassera les 30% »

Cela est tout à fait normal, car dans la scène politique, il y a toujours des points de vue différents. Personnellement, en rencontrant le chef du gouvernement désigné, j’ai essayé une démarche différente, car les anciennes sont devenues usées.

N’avez-vous pas peur que votre «nouvelle approche» mette en péril votre position au sein du parti ?

Les postes ne m’intéressent pas. Je pourrai plier bagage, un de ces jours. Ça ne me dérange pas. Le plus important pour moi est d’être influent pour l’intérêt de mon pays. Il faut que les partis arrêtent de ne penser qu’à leurs propres intérêts. L’intérêt du pays, des classes opprimées et des investisseurs honnêtes doit passer avant tout.

En politique, personne ne peut faire l’unanimité autour de lui. À Al Watad, comme au Front populaire, il n’y a pas des personnes qui sont 100% d’accord. Mais on essaie, néanmoins, toujours d’être soutenu par la majorité.

Comme il l’a déjà fait auparavant avec les gouvernements précédents, le Front populaire a voté, cette fois encore, contre le gouvernement Chahed. C’est quoi cette manie de voter toujours «contre» ?

La position du Front populaire envers le gouvernement Chahed a été exposée, la semaine dernière, par le porte-parole du Front populaire.

En effet, ce dernier avait bien expliqué les raisons de notre choix. Il a fait savoir que «le nouveau gouvernement sera un prolongement du gouvernement Habib Essid, soumis aux lobbys d’intérêt locaux et aux diktats des institutions financières internationales. Ce qui est de nature à aggraver la crise financière et sociale dans le pays».

C’est pour cela, entre autres, que le Front populaire a voté «contre». Ce n’est ni une manie, ni une obsession. Nous cautionnerons les gouvernements le jour où ils seront aux côtés du peuple. Tant que leurs programmes et leurs politiques seront contre le peuple, nous voterons toujours «contre».

« Nous aurons l’occasion de mener d’autres combats aux côtés d’Al Joumhouri et Al Massar »

Ne voyez-vous pas que la présence des femmes et des jeunes dans le gouvernement Chahed représente un point positif en sa faveur ?

La participation des jeunes et des femmes est nécessaire. Elle doit se consolider sur tous les fronts : partis politiques, instances constitutionnelles, organisations nationales, etc.). Dans un gouvernement, la présence des jeunes et des femmes est louable, mais ce qui importe, avant tout, c’est les programmes.

Vos anciens compagnons de route dans l’opposition, à savoir «Al Massar» et «Al Joumhouri», ont choisi d’intégrer le gouvernement Chahed. Pensez-vous qu’ils ont fait le mauvais choix ?

Seuls les prochains jours nous le diront. Personnellement, je les considère encore comme des amis, même dans leur nouvelle position. Le chemin de la lutte est encore long et l’Histoire ne va pas s’arrêter là. Nous aurons sûrement l’occasion de mener d’autres combats ensemble.

Ne voyez-vous pas que leur appartenance à un gouvernement mené par Nidaa Tounès ressemblerait à un suicide politique ?

Je n’irai pas jusque-là. Ces deux partis sont en train de suivre un processus à la fin duquel ils feront leur bilan.

Propos recueillis par Slim MESTIRI

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