La Tunisie, notre très… cher pays !

marche centralTunis Hebdo | Il n’y a pas meilleure image qui illustre, à l’envi, combien notre pays est très… cher que celle du sentiment de stupéfaction que ressentent nos concitoyens quand ils voient les prix des différents produits affichés, qu’ils soient de consommation courante ou non courante.

Depuis le 14 janvier 2011, les équilibres financiers du pays et ses fondamentaux économiques sont mis à rude épreuve : un déficit budgétaire de près de 7%, 42 milliards de dinars DT de dette globale moyenne et un taux de chômage moyen de 16,5%.

Le tout agrémenté par un taux d’inflation qui suit une courbe ascendante même en temps de répit ! Et les horizons futurs sont plutôt sombres. Les gouvernements qui se sont succédé ont, tous, sommes-nous tentés de dire, retardé l’échéance d’une banqueroute dont tout le monde sent venir le souffle.

Le melon trône gracieusement du haut de ses 4, voire 5 dinars

Ces agrégats macroéconomiques ont impacté douloureusement le quotidien du Tunisien, dans sa consommation de tous les jours, comprenez en produits alimentaires, mais aussi dans les dépenses de biens et services.

Si nous tenons en compte les dépenses des ménages en biens de consommation liés à la technologie, elles n’ont cessé de croître ces dernières années par l’implosion des smartphones, des ordinateurs et autres périphériques, tout cela ne fait que rajouter une couche à la bourse du Tunisien, laquelle s’effrite dangereusement.

Aujourd’hui, 5 dinars ne vous donnent droit qu’à une salade… tunisienne

Chaque jour qui passe entraîne, en effet, avec lui son lot de (mauvaises) surprises pour la ménagère. Les prix des fruits et des légumes atteignent actuellement des pics qui expliquent mal la surproduction enregistrée dans certains produits, censés être des produits de saison par excellence.

La littérature qui veut nous persuader que les prix du marché sont fixés par la loi de l’offre et de la demande n’est qu’un moyen destiné à noyer le poisson dans l’eau. Sinon, comment expliquer que le kilo de pastèque atteigne les 700 millimes, ou que le melon (l’unité) trône gracieusement du haut de ses 4, voire 5 dinars.

C’est, d’ailleurs, autour de cette fourchette que les fruits sont négociés actuellement, avec quelques disparités selon qu’on fasse ses emplettes dans les souks, les marchés municipaux, les abords de routes, dans la rue, les supérettes, les grandes surfaces ou ailleurs.

Il y a une catégorie de gens qui vit paisiblement

Les circuits de distribution non conventionnels, autrefois plus abordables question prix, ont fait aujourd’hui leur révolution, encouragés en cela par, d’une part, une demande croissante, et d’autre part, par la nonchalance des autorités qui les laissent faire…

Les légumes ne sont pas en reste. Lointain est le temps où une pièce de 5 dinars te permet de tout rafler sur ton passage et de te rassasier en tous genres de produits pendant une semaine.

Aujourd’hui, 5 dinars ne vous donnent droit qu’à une salade… tunisienne à la saveur de l’huile subventionnée, si vous avez la chance d’en avoir chez vous ou si vous avez les bons tuyaux pour vous en procurer chaque fois que vous en manquerez.

Pour les dépenses de loisirs, elles n’engagent que les personnes qui prennent le risque de les savourer. Sans doute, au prix de souffrances futures, d’échéances à payer et de crédits à rembourser, au point de maudire le jour où la décision de sortir en vacances a été prise.

Mais dans ce lugubre tableau qu’endure le citoyen lambda, il y a une catégorie de gens qui vit paisiblement, se permet des vacances, achète des vêtements dernier cri et voyage à l’étranger.

L’absence de l’Etat et l’impunité totale

Dans cette catégorie, il y en a une bonne proportion qui a eu le mérite de jouir de ces privilèges à la sueur de leur front. D’autres, par contre, ne doivent leur nouveau statut qu’au chaos qu’ils ont réussi à entretenir après la révolution.

En effet, cet épisode de notre histoire immédiate a permis aux trafiquants de tous bords et à tous les mafieux, qui végétaient autrefois dans l’ombre, d’émerger et de s’enrichir au détriment des citoyens. Ils sont appuyés en cela par l’absence de l’Etat et l’impunité totale.

Il faut ajouter à ces malfrats et contrebandiers, milliardaires de ‘’l’ère nouvelle’’, les politicards de pacotille, tout aussi mafieux, qui pullulent partout, et qui malheureusement, tiennent le pouvoir de décision dans ce pays.

Chahir CHAKROUN

Commentaires:

Commentez...