Entre Jamel Debbouze et les nôtres : L’humour d’ici et d’ailleurs

Jamel Debbouze

Tunis Hebdo | En une dizaine de jours, l’espace Ecovillage de Sousse a connu deux événements de taille, le premier, le «Fairground Festival» de musique électronique et le second enregistrant la présence de la grande vedette du rire, le Franco-Marocain, Jamel Debbouze, attirant la grande foule et au plaisir d’un public attaché à ce genre d’animation et aux plaisirs des vacances d’été, la cadre s’y prêtant parfaitement.

Nous nous arrêtons cette fois-ci sur le spectacle de Jamel Debbouze, et par la même, sur ce qui est largement connu chez comme nous les «One man show», une mode qui a pris de l’ampleur ces derniers temps, proposés par différents acteurs qui se sont mis à cette assiette et autres humoristes.

Dans son «Tout sur Jamel», Debbouze nous gratifié, durant deux heures environ, d’un humour intelligent, recherché, propre à lui, faisant participer le public à sa manière, improvisant sur les situations vécues directement devant lui par une frange de ce public et narguant au passage quelques dirigeants de l’Étoile Sportive du Sahel, présents ce soir-là, en chantonnant « Eni Eni Dima Theni » («Je suis toujours deuxième», entendez du championnat) qui a provoqué un fou rire, des applaudissements, mais aussi le courroux de quelques-uns.

Mais Jamel Debbouze, avec son humour intelligent, se rattrapa en lançant : «Sauf cette année»… Donc, en évoquant certaines scènes de sa vie, enfant qu’il était, jeune puis adulte amoureux de sa Mélissa Theuriau, nous avons surtout retenu une certaine leçon sur la réalité sociale du Maroc, sur les différences entre les communautés, sur le choc des mentalités et des cultures, entre sa famille «arabe et musulmane» et celle de sa femme «chrétienne et occidentale» entre autres, mais toujours dans un esprit sain et sans arrière-pensée de quelque genre que ce soit.

Cette narration des événements chez les Debbouze ne s’est pas faite sur la base d’insultes, de grossièretés (mis à part les moments de grande colère de quelques acteurs ou ses camarades de classe par exemple…) ou d’humiliation de ses proches, par ces «mots-clé» du quotidien des cités… Juste une manière burlesque de raconter sa vie, avec une intelligence dans le style et le contenu.

Insulter ne fait pas rire…

Comparativement, la plupart de nos humoristes basent leurs sketches sur les conflits familiaux, sur les quiproquos entre les parents et les enfants, sans oublier l’éternel conflit au sein du couple où chacun des deux époux affûte ses armes… et sa langue pour dominer l’autre !!!

Comme nous l’avons évoqué plus dune fois, ce n’est aps par cette agressivité verbale que l’on cherche à faire rire le public, et sans citer de nom, certains «One man show» ont atteint un degré de bassesse sans commune mesure, toute moralité mise à part.

C’est que l’on ne cherche pas à interpréter et à retransmettre cette réalité sociale et ces rapports familiaux d’une manière intelligente et subtile, même dans l’humour, mais on ne cesse développer et d’encourager cet esprit agressif et ce langage grossier, cette «culture» sociale qui malheureusement prend une ampleur inquiétante.

Dans cette mentalité de faire comme son proche pour «être à jour» ne doit pas toucher ceux qui se considèrent comme artistes et qui ont une mission sociale de choix et une influence, même relative, sur certains concepts et sur certains comportements…

Artiste, humoriste, homme de lettres ou autre, se devra de bien réfléchir sur ce qu’il propose à la masse, aux récepteurs de la société, et devra se faire des contraintes bien claires dans le contenu de son œuvre où l’intelligent, et non pas l’insignifiant, le profond, et non pas le superficiel, le sentimental, et non pas le brutal, devra primer sur ses choix et ses actes.

Un message à prendre en considération pour se hausser à un certain niveau intellectuel dans ce délicat métier d’humoriste…

JBA

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