Mohamed Hédi Chérif et la volonté de vérité historique

Mohamed Hédi Chérif et la volonté de vérité historique

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Tribune | Par Mohamed Arbi Nsiri (Historien)

Mohamed Hédi ChérifEst-il politologue ou historien ? Bâldi ou socialiste ? Dans le vent ou à l’écart ? Quel est au juste son sujet ? La société tunisienne à l’époque des Husseïnites ou l’histoire du mouvement national ? En fait, le cas du professeur Mohamed Hédi Chérif est à peu près unique en Tunisie.

Épargné jusqu’ici par la mode, il poursuivait depuis longtemps un travail discret et têtu, en marge de tous les conformismes car il est l’un des rares théoriciens en histoire à pouvoir balayer quelques clivages tendances qui paralysent la pensée tunisienne depuis la fondation de l’Université.

Ceux qui le connaissent de près savent aussi qu’il est l’un rares encyclopédistes authentiques en ces temps de dispersion des savoirs. Intellectuel, fasciné par la Vérité, il devint l’un des Pères fondateurs du métier de l’historien en Tunisie. Son itinéraire est singulier, bien entendu, mais aussi exemplaire puisqu’il était le témoin de son temps.

Quand même il n’a guère fréquenté ses écrits, le public cultivé sait plus ou moins confusément que Mohamed Hédi Chérif est l’un de ceux dont l’œuvre a fortement marqué des générations d’historiens tunisiens.

Pédagogue passionné, lecteur exigeant, et historien rigoureux ; il était l’un des premiers à fréquenter les archives de Paris, de Nantes et bien sûre de Tunis au moment où il rédigeait son mémoire du diplôme d’études spécialisées [1].

Charles-André Julien et Jean Ganiage ont sans doute orienté cette vocation, incitant Mohamed Hédi Chérif à chercher dans les sources textuelles et/ou archivistiques la nature du pouvoir dans la société tunisienne [2].

Pour le jeune Mohamed Hédi Chérif, à l’époque doctorant sorbonnard, l’État se présenté comme l’expression de la volonté générale. Mais avec le temps et compte tenu de la complexité de la notion de État, le professeur Mohamed Hédi Chérif va inviter ses lecteurs néophytes à faire le parallèle entre ses recherches d’universitaire et ses engagements démocratiques et citoyens [3].

En 1979, Mohamed Hédi Chérif était docteur-es-lettres. Sa thèse sur le pouvoir et société dans la Tunisie de H’usayn Bin Ali, soutenue à la Sorbonne sous la direction de Jean Ganiage, fut publiée quelques années après dans la collection Histoire de l’université des sciences humaines et sociales de Tunis [4], dont il sera le doyen entre novembre 1987 et mars 1990.

D’emblée, Mohamed Hédi Chérif s’imposait pour trois décennies comme le maître tunisien des études Husseïnites. Dans ses recherches et conférences qui porteront sur cette période on trouve déjà, depuis les années 1970, un appel tacite à la collaboration étroite entre l’Histoire et les autres sciences sociales.

Au fil du temps, ses méthodes changeront et ses concepts se modifieront, mais restera son projet d’une approche qui embrasse l’ensemble des sciences humaines et sociales, l’Histoire incluse.

Dans son parcourt intellectuel, les rencontres qu’il put faire avec les historiens de l’École des Annales, le marquèrent. Son séjour au CNRS, entre 1970 et 1974, était déterminent pour l’historien qu’il était.

De retour à Tunis, il suscita toute une série des grands chantiers de recherches qui donnèrent lieu à de nombreuses publications dans plusieurs revues spécialisées tel que « Les Cahiers de Tunisie », dont il sera le rédacteur en chef pendant quelques années.

En effet, les articles théoriques de Mohamed Hédi Chérif ne sont pas séparables de ses ouvrages, fruits de longues années de recherche. Ils sont une sorte d’illustration, parfois militante, de ses conceptions et des méthodes d’historien professionnel.

Parmi les multiples sujets abordés par Si Mohamed Hédi Chérif contribuant à dresser le portrait d’une histoire de globale de la Tunisie [5], on peut mettre au premier rang ses textes mais aussi ses études d’archives, à laquelle il accordait une attention minutieuse.

D’abord parce qu’il souhaiter débarrasser l’Université de l’Histoire-événement, ensuite pour créer une alternative aux discours historisants de Mohamed Sayah.

L’histoire à la manière du professeur Mohamed Hédi Chérif fonctionne donc au sein d’une complexe symbolique dialogique dans laquelle le présent et le passé s’alimentent de manière interactive mais tout en respectant les frontières et les spécificités de chacun.

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  1. Mohamed Hédi Chérif, Le fonctionnement du protectorat après Paul Cambon, DES d’Histoire, Université Paris-Sorbonne, 1958.
  2. Mohamed Hédi Chérif, « Mon maître Charles-André Julien », dans Hesperis Tamuda, N°35, 1997, p. 85-88.
  3. Mohamed Hédi Chérif, « Pratique d’historien dans la Tunisie d’aujourd’hui », dans Itinéraire d’un historien et d’une historiographie, Tunis, CPU, 2008, p. 67-75.
  4. Mohamed Hédi Chérif, Pouvoir et société dans la Tunisie de H’usayn Bin Ali (1705-1740), 2 vol, Tunis, Université de Tunis, 1984-1986.
  5. Sa vision de l’histoire globale se traduit dans un petit livre en arabe intitulé « Histoire de la Tunisie », publié pour la première fois en 1980.

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