Tunisie : Douteuse précipitation !

Tunisie deuilTunis Hebdo | Alors que le pays et les forces de l’ordre affrontent un nouveau tournant dans la lutte contre le terrorisme, le paysage politique tunisien continue à nous proposer la même légèreté dans le traitement des affaires de la Nation.

Que ce soit au sein du gouvernement ou au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple ou au sein des diverses formations politiques, l’impression qui se dégage est cette « insouciance », voire cette indifférence et ce manque de sérieux dans la perception des multiples dangers qui guettent le pays, et les défis à relever sur tous les plans, notamment sur le double social et économique.

Malgré son caractère fort inquiétant, cette atmosphère n’a pas le don, heureusement, de pousser les Tunisiens à la déprime. Entre-temps, le gouvernement, avec la complicité des « représentants du peuple », poursuit son œuvre de « restructuration » des activités et des institutions économiques sur de nouvelles bases, avec l’adoption de nouveaux textes législatifs tournés vers la consécration d’orientations ultra-libérales sous l’influence des institutions financières internationales, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.

Après le texte fort controversé du partenariat public-privé, qui aura dans les années à venir des conséquences probablement extrêmement négatives sur l’ensemble de l’économie tunisienne, voilà que nos parlementaires viennent d’approuver la nouvelle loi relative aux banques et aux institutions financières.

Cette nouvelle législation est, aujourd’hui, déjà bien remise en cause tant dans sa forme que sur son fond. Le projet de loi a été adopté en l’absence des députés de l’opposition et du groupe parlementaire « El Horra » qui ont contesté les méthodes employées pour faire voter le texte sans passer nécessairement par les différentes étapes formelles, y compris par les discussions au sein d’une Assemblée générale plénière. L’absence des « frondeurs » a été exploitée par la majorité pour adopter le texte dans sa globalité, un texte long composé de 198 articles, en un temps record.

Aujourd’hui, l’opposition tout comme le groupe « El Horra » au sein du parlement, promettent d’aller vers l’Instance Provisoire de Contrôle de Constitutionnalité des Lois afin de tenter de remettre en cause ce texte pour inconstitutionnalité des procédures utilisées pour son adoption et pour certaines de ses dispositions, jugées contraires à la constitution.

S’il est vrai que l’on a souvent reproché à nos « vénérables » parlementaires leur extrême lenteur dans la confection, l’examen ou les discussions des lois, il est clair aussi que l’on ne peut accepter que la première institution souveraine en matière de la législation tombe dans la précipitation.

Cette précipitation est perceptible dans l’adoption des textes ayant un caractère politique comme le texte relatif au Conseil Supérieur de la Magistrature ou ayant un contenu économique comme les textes cités ci-dessus. Et elle paraît suspecte !

Dans le premier cas, l’impression qui se dégage est que la majorité ne semble pas particulièrement « chaude » à la mise en place d’institutions qui puissent offrir les meilleures garanties possibles à un fonctionnement démocratique du nouveau régime politique dont on est en train d’assister à sa fondation.

La tentation autoritariste demeure forte chez des partis qui n’ont jamais grandi dans l’esprit démocratique, contrairement à ce qu’ils peuvent nous affirmer, et leur volonté de soumettre les autres pouvoirs, notamment le pouvoir judiciaire et l’information, est considérée comme un moyen de gouvernement afin de faire main basse sur l’ensemble des rouages de l’Etat et de la société.

Dans le second cas, relativement aux textes ayant un caractère économique, l’impression qui se dégage est que ce gouvernement, appuyé par les Nidaistes et les Islamistes, incapable qu’il est de rechercher et de trouver des solutions différentes et un schéma original conçu et adapté en fonction des exigences socio-économiques tunisiennes, semble s’être aveuglément soumis au diktat des institutions financières internationales.

Ces opérations de « restructuration » ne sont, donc, en réalité, que des injonctions venues d’ailleurs et qu’il convient de consacrer dans le pays afin de continuer à « bénéficier » de leur soutien.

Or, et pour ceux qui feignent d’ignorer l’histoire ou de fermer les yeux sur des exemples similaires, il convient de rappeler que tous les pays qui se sont soumis aux directives des institutions financières internationales l’ont chèrement payé, et que ce sont les peuples qui en ont le plus souffert.

Les institutions financières internationales n’ont pas de solutions miracle, comme on a tendance à le croire, ni surtout adaptées à notre pays, mais elles proposent des solutions similaires et fondées sur les mêmes principes, partout ! Il s’agit de « remèdes » ultralibéraux qui détruisent l’économie publique, désarticulent les services publics, encouragent et obligent même à leur privatisation, réduisent, voire anéantissent les interventions sociales…, etc.

Autant de « solutions » antisociales qui démolissent la solidarité et consacrent l’individualisme outrancier et le libéralisme sauvage ; des solutions incompatibles avec la Tunisie d’aujourd’hui et des nécessités qu’elle appelle !

L.L.

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