Tunisie : Des perspectives pas réjouissantes !

Poignée de mains Ghannouchi-BCETunis Hebdo | Le paysage politique, quoique encore tâtonnant, semble évoluer vers une alliance qui a la prétention de gouverner le pays dans les années à venir.

Devenu une forme de « compromis historique » après la rencontre à Paris des deux gérontes que sont Béji Caied Essebsi, actuel président de la République, et Rached Ghannouchi, qui détient aujourd’hui une grande part du pouvoir réel, et après avoir été mis entre parenthèses le temps de permettre à chacun de jauger son poids électoral lors des élections de 2014, semble maintenant vouloir se mettre en place de manière plus concrète, et de manière durable.

En effet, les deux « états-majors » des deux partis en question paraissent être en train de finaliser ce qui pourrait convenir d’appeler une alliance politique stratégique. Autrement dit, il ne s’agit plus d’un rapprochement ponctuel ou uniquement électoral. Mais plus que cela puisque les deux compères sont décidés à passer la vitesse supérieure.

En scellant cette coalition, les deux partis les mieux représentés à l’Assemblée des Représentants du Peuple sont plus que jamais décidés à éliminer de leur route tous ceux qui pourraient les « gêner » dans la conduite des affaires publiques, y compris leurs alliés actuels au sein de l’alliance gouvernementale. Cette coalition entre Nidaa Tounes et Ennahdha a été mise en place, en premier lieu, pour faire face aux « humeurs » affichées par leurs compères au gouvernement.

En effet, on sait tout d’abord que l’UPL de Slim Riahi ou Afek Tounès de Yassine Brahim ont exprimé, chacun à leur manière, leur insatisfaction quant à leur rôle et à leur place au sein du gouvernement. Slim Riahi avait réclamé, sans y parvenir, le limogeage de « son ministre des sports », démissionnaire de l’UPL, et son remplacement par un autre, membre de son parti.

Quant à Yassine Brahim, et alors même qu’il est ministre, « reconnaît » que le moment est venu pour procéder au remaniement du gouvernement nécessité par son faible rendement.

Cela a sans doute « agacé » les deux partis majoritaires et a probablement « irrité » Habib Essid, le Chef du gouvernement. Ils ont donc décidé de tirer les conséquences de ces attitudes et de ces prises de position en décidant pratiquement de gouverner ensemble, procédant en quelque sorte à une élimination de leurs alliés gouvernementaux de manière concrète, mais sans l’avouer ni le dire.

En second lieu, les deux partis majoritaires savent pertinemment que leurs alliés ne pèsent pas lourd dans la balance au sein du Parlement. Autrement dit, ils peuvent bien se passer de leurs voix pour l’adoption des textes législatifs qui leur sont nécessaires pour gouverner.

Une manière de leur dire qu’ils peuvent bien se passer aussi de leur apport au sein de l’ARP et peuvent donc aller même jusqu’à les exclure du gouvernement, ce que les deux alliés ne souhaitent probablement pas dans l’état actuel des choses.

Cependant, il importe d’essayer de comprendre le pourquoi de cette alliance « stratégique » entre Nidaa Tounes et Ennahdha et n’est-elle pas en voie de mettre le pays à genou en l’orientant vers une direction que la majorité des Tunisiens, comme le démontre justement le scrutin de 2014, réfutent !

Si les Islamistes se présentent toujours drapés dans leur unanimisme, fruit de la « démocratie » au sein de leurs structures partisanes comme ils l’affirment, alors qu’il est probablement lié surtout à la domination sans partage de Rached Ghannouchi et de ses lieutenants les plus proches, Nidaa Tounès risque encore une fois d’imploser puisque des voix se sont déjà élevées pour contester clairement cette alliance stratégique, voire la rejeter.

Les architectes de ce rapprochement que sont Ridha Belhaj, Hafedh Caied Essebsi et Raouf Khammassi, se sont présentés dans la peau de la direction politique du parti. Or, Nidaa Tounes, et cela est évident, traverse une crise aigüe.

Il a été d’abord lesté d’une grande partie de ses troupes après le départ de Mohsen Marzouk et ensuite, les « 57 » qui ont initié une démarche pour restaurer la communauté d’intérêts nidaiste dans le but de le ressouder, ne sont guère d’accord sur la décision, à leurs yeux précipitée, de cette alliance stratégique qui ne lierait que ceux qui l’ont « scellée » !

Il paraît que cette alliance est,aussi et surtout, le fruit d’un ensemble de compromis auquel sont parvenus les deux gérontes. Le Président de la République aurait donné son aval à la régularisation du millier de « cas » des Islamistes concernés par l’amnistie générale qui n’avaient pas présenté leurs dossier dans les délais légaux alors que Rached Ghannouchi aurait accepté le principe de la réconciliation économique, cher à BCE.

Il semble aussi que les deux parties ont convenu de maintenir à son poste, et contre tout bon sens, le Chef du gouvernement Habib Essid au moins jusqu’après les élections municipales et régionales de l’an prochain. Il est évident que ce maintien ne fait que renforcer la mainmise des Islamistes sur les rouages de l’Etat et de la société. En effet, l’on sait que les nominations, l’une des attributions constitutionnelles du Chef du gouvernement, ne se feraient qu’avec l’aval express de Montplaisir.

Ensuite, Habib Essid, de manière passive ou complice, assiste, voire travaille avec la collusion de ses ministres, à favoriser l’islamisation rampante de la société. Les récentes déclarations, voire décisions intempestives et « spectaculaires » de son ministre des affaires religieuses, comme l’utilisation des écoles pour faire apprendre le coran aux élèves durant les vacances scolaires ou l’institution de structures pour la collecte de la « Zakat » ou encore l’instauration des techniques de la finance islamique dans le secteur bancaire sont autant d’initiatives qui vont à l’encontre de « l’Etat civil »tel qu’il est, théoriquement, consacré dans la Constitution.

Bref, le projet cher à Rached Ghannouchi est en voie de concrétisation. Une islamisation « douce » et sans accroc en attendant le moment propice pour l’annoncer ouvertement. C’est comme s’il disait à ses alliés « laïcs », à vous les postes, à nous le pouvoir !

Dangereuse perspective pour la Tunisie…

L.L.

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